La vie de Jean Calvin en une quinzaine de questions

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L'homme Calvin Auteur: A. Detmers

Que signifie le nom Calvin?

Parmi les savants du 16e siècle, il était d'usage de traduire son propre nom en latin. Calvin s'appelait à l'origine Cauvin (ou Chauvin), ce qui veut dire ›le chauve‹ (en latin calvus). C'est de là que Calvin a tiré le nom de ›Calvinus‹. En tant que connaisseur de l'Antiquité, Calvin aurait aussi pu avoir à l'esprit l'oeuvre de l'auteur satirique Juvénal, où un nommé ›Calvinus‹ joue un rôle. De plus, quelques consuls romains de ce nom nous sont connus aux 3e et 4e siècles, et Calvin peut y avoir pensé au moment de choisir son nom. Qui étaient les parents de Calvin Le père de Calvin, Gérard Cauvin, a d'abord été notaire apostolique du chapitre de la cathédrale à Noyon. Il fut ensuite procureur fiscal du comté de Vermandois et enfin secrétaire de l'évêché et promotor iustitiae (procureur ecclésial) du chapitre de la cathédrale. La mère de Calvin, Jeanne Le Franc, était la fille d'un bourgeois de haut rang et ancien aubergiste de Noyon. Elle semble avoir été une femme très pieuse et belle. Jeanne Le Franc mourut en 1515 déjà, alors que Calvin avait 5 ans. Le père de Calvin se remaria ensuite avec une veuve, dont le nom ne nous est pas connu. Il a eu d'elle deux filles, et mourut en 1531.

Que sait-on des grands-parents de Calvin?

Le grand-père du côté paternel fabriquait des tonneaux (de vin?) et fut plus tard marinier. Le grand-père maternel avait été aubergiste à Cambrai et avait fait fortune dans le commerce.

Calvin avait-il des frères et soeurs?

Calvin avait plusieurs frères et soeurs. Son frère aîné, Charles, mourut en 1536. François, l'un des deux frères cadets, mourut vraisemblablement tôt. L'autre, Antoine, vécut plus tard avec Calvin à Genève, tout comme Marie, l'une des deux soeurs issues du second mariage du père. Nous ne savons rien de l'autre demi- soeur.

Pourquoi Calvin a-t-il quitté sa patrie, la France ?

Calvin fut tôt tourmenté par des doutes; il pensait ne pas pouvoir se présenter devant Dieu avec sa foi catholique romaine. Il avait en outre vu, à travers le destin de son père, combien l'Église romaine agissait de manière douteuse. Le petit ban de l'Église avait en effet été décrété contre son père pour une question d'héritage non éclaircie. C'est pourquoi il ne devait pas être inhumé dans le cimetière ecclésial. Calvin connut ensuite, notamment par son cousin Pierre Robert Olivétan, la foi protestante. En 1533, Calvin semble avoir corédigé la leçon inaugurale du recteur de l'Université de Paris, Nicolas Cop. A cause des sympathies pour la foi protestante qui s'y exprimaient, Cop fut accusé et dut fuir à Bâle. Calvin lui aussi se vit contraint de quitter Paris. Il renonça en 1534 à ses bénéfices ecclésiaux à Noyon. Lorsqu'à la fin 1534, sous le roi François Ier, des affiches anticatholiques (Affaire des Placards) apparurent à Paris, les protestants furent persécutés. Calvin s'enfuit à Bâle et y rédige en latin son Institution de la religion chrétienne, où il défend la Réformation à l'intention de François Ier. Dès lors, rentrer en France signifiait pour Calvin risquer la mort. Calvin s'est trouvé pour la dernière fois dans sa patrie à la fin de mai 1536. Son frère Charles étant mort, Calvin vint chercher son frère cadet Antoine et sa soeur Marie, avant de quitter la France pour toujours.

Calvin a-t-il souffert de son exil?

Oui, et comment! Ce sont surtout les nouvelles de la persécution des protestants en France qui l'ont affecté. Des amis de Calvin furent également exécutés à cause de leur foi. Calvin a vécu au total 25 ans en exil à Genève. Mais il restait un étranger dans la ville. Jusqu'en 1555, il ne pouvait être certain de ne pas être obligé de quitter à nouveau la ville. Il trouva plus tard un appui dans sa femme Idelette de Bure, qui, Calvin en était sûr, aurait partagé avec lui l'exil hors de Genève et la pauvreté.

Quelles langues parlait Calvin?

Le français naturellement, sa langue maternelle. Et il maîtrisait comme peu de ses contemporains la langue savante de son temps, le latin. Calvin avait aussi de bonnes connaissances des langues bibliques, surtout du grec ancien. Il avait certainement entendu parler l'allemand au cours des années passées à Strasbourg, mais il n'en possédait que des bribes.

Calvin a-t-il eu des chagrins d'amour?

Oui. Bucer et Farel conseillaient depuis longtemps à Calvin de se marier. Et Melanchthon, avec qui Calvin s'était lié d'amitié en 1539 à Francfort, le raillait même à cause de ses hésitations. Calvin commença en mai 1539 seulement à réfléchir sérieusement à un mariage. En février 1540, une famille de ses amis le pressait d'épouser une jeune noble de leur parenté. Mais Calvin avait des réserves à cause de son statut aristocratique; en outre, elle ne parlait qu'allemand, et ne connaissait pas un mot de français. Afin d'échapper à cette situation, il chargea son frère et un ami de trouver une autre femme pour lui. Le mariage était déjà en vue, mais Calvin rompit les fiançailles, quand quelque chose de péjoratif – on n'en sait pas plus – lui fut rapporté concernant sa fiancée. La famille noble le pressa alors à nouveau d'épouser leur parente. Mais Calvin refusa; il doutait même qu'il fût bon de continuer à chercher une épouse. Calvin s'est-il marié? Oui, Calvin a épousé en 1540 à Strasbourg Idelette de Bure, d'origine flamande et apparemment issue de la bourgeoisie aisée. Son frère (ou son père ?) Lambert de Bure avait perdu en 1533 tous ses biens lors de la persécution des protestants à Liège et s'était enfui à Strasbourg. Il semble que la famille de Bure ait eu tôt des contacts avec les milieux réformés. Idelette de Bure et son premier mari Jean Stordeur étaient anabaptistes. Ils furent pour cette raison chassés de Liège en 1533. En 1539, Calvin parvint à détourner le couple de l'anabaptisme. Les deux époux avaient en effet rejoint à Strasbourg la paroisse française de réfugiés dont Calvin était le pasteur depuis 1538. Au printemps 1540, Stordeur mourait de la peste à Strasbourg. Calvin connaissait certes Idelette de Bure depuis longtemps, mais ce fut Martin Bucer, l'enseignant et l'ami de Calvin, qui le rendit attentif à cette veuve. Le mariage fut célébré à Strasbourg en août 1540. Idelette vint ensuite avec Calvin à Genève, où elle mourut en 1549 déjà.

Calvin a-t-il eu des enfants ?

La femme de Calvin, Idelette de Bure, avait eu de son premier mariage un fils dont le nom n'est pas connu et une fille prénommée Judith. Calvin s'est occupé comme un père de cette fille. Le fils aîné resta tout d'abord en Allemagne. Grâce aux efforts de Calvin, il fut ensuite possible de le faire venir à Genève. Le seul enfant commun du couple, leur fils Jacques, ne vécut que quelques jours. Idelette avait été atteinte dans sa santé dès la naissance et la mort de l'enfant en août 1542, et ne s'en remit jamais vraiment. Elle est morte le 2 mars 1549 à Genève. Même si Calvin n'a pas élevé d'enfant de son sang, il était appelé ›père‹ par nombre de ses élèves, et trois ans avant de mourir, Calvin a assumé la tutelle des enfants de son défunt ami Guillaume de Trie; il promit de les traiter comme ses propres enfants.

Calvin s'est-il parfois rendu en Allemagne?

Oui, Calvin a même passé plusieurs années en ›Allemagne‹. Le Strasbourg germanophone où Calvin a été pasteur de la paroisse des réfugiés français de 1538 à 1541, faisait en effet partie alors, en tant que ville libre, du Saint Empire romain germanique. Depuis Strasbourg, Calvin a en outre entrepris de longs voyages pour des réunions d'entretiens religieux, à Francfort sur le Main, Hagenau, Worms et Ratisbonne. Il y a fait la connaissance des principaux Réformateurs allemands; il était même lié d'amitié avec Melanchthon. Calvin s'est en outre rendu à nouveau en 1556 pour deux semaines à Francfort sur le Main, afin d'arbitrer des différends dans la paroisse française de la ville. Calvin a-t-il connu Luther personnellement? Non. Calvin n'a même pas lu les écrits de Luther qui n'étaient publiés qu'en allemand. Mais à travers Bucer et Melanchthon, qui tous deux connaissaient très bien Luther, Calvin eut une bonne impression de la personnalité de Luther. Calvin respectait beaucoup Luther en raison de ce qu'il avait fait pour la Réformation, mais il en connaissait aussi clairement les limitations. Il les voyait surtout dans le fait que Luther, pour des raisons de politique ecclésiale, n'était pas en mesure de prendre en considération les préoccupations internes du protestantisme.

Quels étaient les rapports entre Calvin et Zwingli?

Calvin n'a jamais connu personnellement le Réformateur zurichois Zwingli (1484-1531). Quand Calvin s'est joint à la Réformation, Zwingli était déjà mort, tombé en octobre 1531 à la bataille de Kappel. On peut retrouver toutefois des influences de la théologie de Zwingli dans l'Institution de Calvin. Calvin a certainement étudié plusieurs oeuvres de Zwingli. Sur la doctrine de la Cène cependant, Calvin n'était pas tout à fait à l'unisson de Zwingli. Calvin savait pourtant que Zwingli dans ses écrits tardifs avait considéré plus d'un aspect doctrinal sous un jour nouveau. C'est pourquoi Calvin a pu en 1549 tomber d'accord avec l'élève et successeur de Zwingli, Heinrich Bullinger, sur les questions litigieuses de la doctrine eucharistique (Consensus Tigurinus). Comment Calvin a-t-il vécu dans sa maison de Genève? Depuis la grande maison de Calvin, on avait une vue merveilleuse sur les montagnes environnantes et le lac Léman. Calvin ouvrait toujours sa maison aux réfugiés en détresse venus de France. Il y avait parfois jusqu'à 15 personnes installées chez lui. Calvin payait sur son traitement pour les réfugiés. Il était également prêt à s'entretenir régulièrement avec des voyageurs de passage. Parfois des amis et des parents vivaient aussi chez Calvin ou à proximité immédiate.

Comment était installé le logement de Calvin?

Son logement était relativement simple. Il se composait de six tables, deux armoires, trois châssis de lit, deux coffres, d'un pupitre avec bibliothèque, d'un fauteuil, de quelques bancs et de douze chaises. Les meubles et la maison où vivait Calvin appartenaient à la ville de Genève. Le Petit Conseil avait acheté la maison en 1543 à un certain Freyneville. Cette maison parut au Conseil plus appropriée en tant que presbytère que la maison que Calvin habitait depuis 1541 dans la même rue.

Comment était Calvin pour ses voisins?

On n'en sait pas beaucoup sur Calvin en tant que voisin. Seul un épisode est connu, concernant une maison voisine de la sienne. A la demande de Calvin, le Conseil y fit murer une fenêtre qui donnait sur le jardin de Calvin. Calvin se sentait en effet harcelé par ses voisins et dérangé dans sa tranquillité. Une autre maison voisine était par ailleurs louée au beau-père de son frère Antoine. Calvin avait ainsi une partie de sa famille dans son voisinage proche.

Calvin a-t-il eu des amis?

Oui, Calvin était visiblement un ami très recherché, qui savait s'attirer l'affection d'autrui. Il a entretenu des amitiés de longues années durant, certaines avec des personnalités importantes du 16e siècle, Farel, Viret, Bucer, Melanchthon, Bullinger et Bèze par exemple. Calvin avait aussi de nombreux amis parmi les réfugiés à Genève. Calvin avait de grandes exigences envers ses amis. Il n'en attendait pas seulement un encouragement amical et un soutien solide, mais encore des paroles de critique, comme lui-même en adressait à la vie et au travail de ses amis. C'est ainsi par exemple que Calvin n'épargna pas ses critiques quand Farel, âgé de 69 ans, épousa en 1558 une jeune fille de 18 ans. Calvin déplorait le fait que son collègue Farel ait légalisé beaucoup trop tard sa passion cachée, de sorte que des bruits couraient déjà. De plus, Calvin éprouvait de grandes réserves quant à la différence d'âge. Il trouvait que cela faisait tort à la réputation des pasteurs. Pour ces raisons et des motifs de politique ecclésiale, Calvin refusa de se rendre à Neuchâtel pour le mariage. Il considérait toute fois ce mariage comme légitime et a demandé à ses confrères de Neuchâtel de ne pas contraindre Farel au divorce. Cette affaire porta naturellement atteinte à leur amitié; il y a eu un long ›silence radio‹ entre Calvin et Farel. Calvin a cependant continué à considérer Farel comme un ami, ce dont ce dernier le remercia en se rendant en 1564 à son lit de mort pour une visite de réconciliation.

Calvin a-t-il eu des collaborateurs?

Oui. Depuis 1548, François Baudoin a travaillé brièvement pour lui en tant que secrétaire. Cette tâche fut ensuite reprise par Charles de Jonvilliers jusqu'à la mort de Calvin. Nikolas de la Fontaine??? Calvin écrivait toutefois généralement lui-même ses lettres à ses amis. C'est uniquement quand sa santé chancelante l'en empêcha que Jonvilliers s'est chargé aussi de sa correspondance amicale. Les leçons de Calvin, parce qu' elles étaient très demandées, ont été transcrites et publiées avec son autorisation par Nicolas des Gallars, Jean Budé et Charles de Jonvilliers. La transcription des sermons fut faite de 1549 à 1560 par le très talentueux sténographe Denis Raguenier. Après la mort de celui-ci, d'autres prirent en note les sermons. (Malheureusement, les Genevois se révélèrent piètres administrateurs de ce trésor. En 1805, la direction de la Bibliothèque de l'Université a bradé les textes des sermons à une libraire genevoise. Celle-ci mit aux enchères certains volumes, le reste allant au pilon. Des 47 volumes, seuls 8 ont été retrouvés à ce jour) Calvin faisait-il parfois des plaisanteries? Manifestement, Calvin ne détestait aucunement les plaisirs de la société. C'est ainsi qu'un ancien colocataire de Calvin, devenu ensuite un adversaire, Sébastien Castellion, rapporta un jour avec indignation qu'on plaisantait trop dans la maison de Calvin. On ne connaît toutefois pas de bons mots de lui dans la tradition populaire. Par contre, on rapporte de nombreuses occasions où Calvin a fait preuve d'une ironie méprisante pour ses adversaires. Il pouvait à cet égard être très blessant. A l'un de ses opposants en matière de théologie, il rétorqua un jour que ses „éructations calomnieuses“ l'atteignaient aussi peu que l'aboiement d'un chien sur un tas de fumier.

Arrivait-il à Calvin de pleurer?

De Calvin on sait que les larmes lui venaient très souvent aux yeux, par exemple lorsqu'il apprit les dures persécutions infligées aux Vaudois. Ou quand il a dû décider entre rester à Strasbourg ou revenir à Genève. Mais ce sont surtout les préoccupations à propos de sa femme Idelette et de ses amis qui ont profondément affecté Calvin. Lors d'un séjour à Ratisbonne en effet, il apprit que la peste avait éclaté à Strasbourg où vivait sa femme, et que des personnes de ses relations en étaient déjà mortes. Et il a naturellement été très affligé quand Idelette est morte en 1549 après 9 ans de mariage seulement. Il s'est senti alors n'être plus que la moitié d'un être humain et a éprouvé les plus grandes difficultés à reprendre son travail.

Calvin a-t-il été un pasteur paresseux?

Calvin était par nature plutôt timide et réservé. Mais en tant que combattant de la Réformation en France et à Genève, il a dû faire preuve d'un réel courage. Même lorsque la peste sévissait à Genève, de 1542 à 1545, Calvin a jugé nécessaire pour un pasteur de s'occuper des pestiférés. Quand le pasteur Blanchet, à qui cette tâche avait été confiée, est mort en 1543, Calvin était le suivant sur la liste, et il aurait été tout à fait prêt à accomplir ce ministère. Le Conseil toutefois l'exempta de cette tâche, parce que Calvin remplissait ailleurs des fonctions plus importantes et qu'en outre sa santé n'était pas des plus robustes.

Arrivait-il à Calvin de s'enthousiasmer pour des jeux?

On sait que Calvin participait de temps en temps au jeu de boules (un peu semblable au billard) et qu'il rencontrait aussi les membres du Conseil pour un jeu de clé. Dans ce jeu, il fallait jeter chacun à son tour une clé sur le bord d'une table, sans qu'elle tombe par terre. Calvin n'avait pas non plus d'objection de principe contre les jeux de cartes et dés; mais il savait par expérience que participer aux jeux de hasard pour des mises d'argent rendait certains êtres humains dépendants. Et quand l'alcool s'en mêlait, les familles pouvaient même être ruinées. L'interdiction genevoise des jeux de hasard aux cartes ou aux dés ne remonte d'ailleurs pas à Calvin, elle avait été édictée à la fin du 15e siècle déjà, tout comme l'interdiction des bals et du carnaval. En 1546, Calvin a soutenu le nouveau règlement sur les auberges pris par le Conseil. Les auberges ont été fermées et remplacées par des maisons d'hôtes chrétiennes placées sous la surveillance du Magistrat. Cette mesure était motivée moins par des motifs religieux que par des raisons stratégiques. En effet, au cours de la guerre contre la ligue de Smalkalde, des bruits se répandirent pour la première fois d'une invasion imminente des troupes impériales. Il fallait donc accroître les dispositions de défense de la ville et se prémunir contre d'éventuels espions ennemis. Les gens de Genève toutefois ont fort peu apprécié cette mesure, de sorte que la fermeture des auberges fut abolie après deux mois seulement.

Calvin avait-il un surnom?

A Genève, Calvin et ses deux amis réformateurs Farel et Viret étaient surnommés, moitié par plaisanterie et moitié par raillerie, le »trépied«. Un tabouret à trois pieds est stable, mais qu'on lui enlève un pied, et il se renverse. On lit souvent aussi que Calvin était surnommé »Accusativus« (»l'accusateur«) durant la période où il a enseigné, à cause de sa rigueur disciplinaire. Mais il s'agit là d'une légende inventée contre Calvin au 17e siècle.

Quel était le passage de la Bible préféré de Calvin?

Calvin avait une très grande révérence pour la Première Épître de Paul aux Corinthiens. Dans son Institution de 1559, il cite onze fois 1 Co 1:30: »C'est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance«. Ce passage pourrait donc bien être son préféré.

Calvin a-t-il été le redoutable dictateur de Genève?

Non. Calvin a été longtemps contesté à Genève et c'est seulement quatre ans et demi avant sa mort qu'il a obtenu les droits de citoyen de Genève. De plus, en dehors de l'Église, il n'a jamais eu de fonction publique à Genève. Il a uniquement donné quelques avis de droit à l'intention du Conseil genevois. Jusqu'en 1555 d'ailleurs, la majorité du Conseil en faveur de la Réformation était incertaine. Calvin à cette époque s'attendait constamment à devoir quitter une nouvelle fois la ville. Ses livres étaient même soumis à la censure de la Ville. Calvin était en outre considéré à Genève comme un étranger, qu'on sifflait derrière son dos dans la rue et dont on donnait le nom à des chiens. Ses études nocturnes ont été plusieurs fois grossièrement troublées. Et même dans le Consistoire, il lui arrivait d'être brocardé et moqué. Ses collègues le trouvaient parfois trop timide pour l'exercice de son ministère.

Y a-t-il eu des tentatives de tuer Calvin?

On ne connaît pas de tentative de meurtre contre Calvin. Mais en 1547, on a trouvé sur une chaire de Genève un billet menaçant de mort les pasteurs genevois s'ils poursuivaient la mise en oeuvre de la Reformation. Et à la fin 1559, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, allié à l'Espagne et au pape, a tenté la conquête militaire de la ›forteresse hérétique‹ de Genève. Calvin, que l'évêque Alardet de Mondevis appelait ›Lucifer‹, devait lui aussi être pris. Les Genevois toutefois, ayant eu connaissance de ce projet, ont pu prendre à temps des mesures. Calvin a lui-même contribué à l'amélioration des fortifications.

Y a-t-il eu des exécutions du temps de Calvin?

A Genève étaient en vigueur les dispositions du droit romain (la Caroline), qui prévoyaient la peine de mort pour les crimes graves. C'est uniquement à partir de la fin du 16e siècle que les crimes graves ont été de plus en plus punis de réclusion. A l'époque où Calvin était pasteur à Genève, il y avait 9 exécutions par an environ. Toutes les condamnations à mort étaient ordonnées par le Petit Conseil. La plupart des exécutions concernaient des crimes tels que le meurtre, le vol important, la falsification de monnaie ou d'actes et les crimes politiques. En 1545, 35 condamnations à mort furent prononcées contre des personnes accusées d'avoir propagé la peste. Ces sentences ont été prises alors que la peste ravageait Genève depuis trois ans. La peste suscitait la panique dans presque toutes les villes touchées: on cherchait des coupables et on les trouvait rapidement. Il leur était reproché d'avoir enduit les portes de plusieurs maisons avec le poison de la peste. 20 femmes et 15 hommes ont été exécutés. Une autre condamnation à mort a été prononcée en 1547 par le Petit Conseil contre Jacques Gruet, qui avait menacé de mort les pasteurs genevois. En 1553, Michel Servet, déjà condamné par l'Inquisition à Vienne dans le Dauphiné, a été brûlé sur le bûcher. Le Conseil de Genève et d'autres expertises considéraient sa rude critique de la doctrine de la Trinité et du baptême des enfants comme un danger pour la société chrétienne. En 1555, il y eut en outre une émeute dirigée contre la menace de prédominance politique des Français de Genève. Des émeutiers ayant molesté le maire de la ville, ils furent jugés pour haute trahison. Quatre participants à l'émeute furent condamnés à mort et exécutés.

Quel était le rôle Calvin dans les condamnations à mort?

Toutes les condamnations à mort étaient prononcées par le Petit Conseil de Genève, dont Calvin ne faisait pas partie. Mais on peut se demander si Calvin n'aurait pas pu empêcher l'une ou l'autre condamnation à mort du fait de son autorité de pasteur genevois. Calvin toutefois accordait foi aux allégations de propagation de la peste et trouvait la peine de mort légitime. Concernant dans la condamnation à mort du médecin et antitrinitaire Michael Servet, il est certain que Calvin a fourni les indications nécessaires pour identifier et condamner Servet. Calvin porte donc sa part de responsabilité dans la persécution d'un ›hérétique‹, alors même qu'il savait que ses propres adeptes étaient exécutés sous prétexte d'hérésie. Calvin a cependant demandé au Petit Conseil, tant pour les ›propagateurs de peste‹ que pour Servet, de ne pas les brûler vifs, ce qui constituait une mort particulièrement cruelle. Mais pour Servet, le Petit Conseil n'a pas accédé à cette requête de Calvin.

Combien de lettres Calvin a-t-il écrites?

La correspondance de Calvin couvrait toute l'Europe. Celle qui nous est restée comprend 4 300 lettres environ, dont 1 369 de Calvin lui-même. Une partie assez importante de cette correspondance a été perdue.

Calvin a-t-il été un bourreau de travail?

Oui, sans aucun doute. Calvin n'a pas seulement publié de nombreux écrits et entretenu une correspondance très volumineuse; dans ses 15 dernières années, il a encore prononcé quelque 2 300 sermons, ce qui fait trois sermons par semaine à peu près. Il travaillait en outre régulièrement tard dans la soirée, et parfois ne dormait que quatre heures par nuit. En 1553, Calvin s'est plaint un jour de ne plus être allé depuis un mois jusqu'à la porte de la ville, pas même pour prendre l'air. Ses nombreuses maladies pourraient d'ailleurs avoir été dues à sa surcharge de travail.

Pourquoi Calvin a-t-il toujours l'air si sévère sur les portraits tardifs?

Les images d'une époque tardive donnent à voir le Réformateur affecté par des années d'épreuves et de nombreuses maladies. Un portrait des jeunes années de Calvin le montre encore avec un visage détendu aux traits fins. Ce qui caractérise Calvin sur tous les portraits, c'est le nez marqué et l'étroite barbe en pointe. Ses contemporains parlent aussi des ses yeux vifs et expressifs.

Pourquoi Calvin est-il toujours montré avec un bonnet sur la tête?

Il était courant du temps de Calvin de porter un couvre-chef en public. Cela présentait plusieurs avantages, dont celui d'une bonne apparence. A l'époque en effet, on se lavait rarement les cheveux, avec les conséquences que l'on imagine. Et c'était pratique: en été la tête était protégée du soleil, et en hiver les oreilles étaient au chaud. Le bonnet que porte Calvin sur de nombreuses images est une coiffe de cuir. Calvin portait le plus souvent par dessus son bonnet un béret, le couvre-chef des classes supérieures.

Est-il arrivé à Calvin de prendre des vacances?

Oui. Il a pris par exemple quelques jours de vacances en 1550. Avec son ami Pierre Viret, il a entrepris une petite excursion le long du lac Léman, et a séjourné ensuite dans le domaine du seigneur de Falais. Ils sont aussi allés par bateau dans le Pays de Vaud et ont profité de l'air de la campagne. Calvin faisait également sur le conseil des médecins de nombreuses promenades, et il montait régulièrement à cheval, un moyen éprouvé de l'époque pour éliminer les calculs rénaux. Qu'en est-il de la santé de Calvin? Il semble que Calvin ait négligé sa santé dès son jeune âge à cause d'un excès d'étude. Cela n'a pas changé par la suite. L'immense engagement de Calvin en faveur de la Réformation a eu des conséquences: il souffrait de migraine, de coliques rénales et vers la fin de sa vie, de goutte. Il avait aussi des difficultés de digestion, et souffrait d'hémorroïdes. Calvin a essayé de juguler ses maladies en suivant les conseils des médecins: alitement, jeûne et promenades. L'équitation lui a aussi permis à plusieurs reprises de se débarrasser de calculs rénaux qui le tourmentaient.

Comment est mort Calvin?

Vers la fin de sa vie, Calvin ne pouvait plus quitter le lit sans aide, tant la goutte dans ses jambes le faisait souffrir. Il a aussi été atteint de tuberculose et d'hémorragies pulmonaires. Il a pourtant essayé d'accomplir encore quelques travaux. Au cours des dernières années de sa vie, il a pris congé de chacun, des membres du Conseil, de ses confrères, de ses collaborateurs et de ses amis. Jean Calvin est mort le 27 mai 1564 à l'âge de 54 ans. De nombreux Genevois ont tenu à voir sa dépouille, avant qu'il ne soit inhumé en présence d'une grande foule dans le cimetière communal de Plainpalais, sans aucune pierre tombale.

Quel caractère avait Calvin?

Au fond, Calvin était timide, sensible, peu enclin à l'action extérieure et redoutait extrêmement les confrontations violentes. En même temps, on le décrit comme impatient, irritable et voulant toujours avoir raison. Calvin s'est lui-même excusé plusieurs fois d'être fougueux impatient. Dans ses dernières années, son entourage l'a connu chagrin et difficile, en raison de décennies de surcharge de travail et de maladies.

Calvin était-il riche?

Ses adversaires ont toujours affirmé que Calvin était riche. En réalité, Calvin menait une vie très modeste. Il avait certes une grande maison mise à sa disposition par le Conseil et recevait 500 florins de traitement ainsi que des céréales et du vin. Mais il payait aussi sur son traitement pour les réfugiés et les voyageurs qui venaient chez lui. De plus, la correspondance de Calvin avec toute l'Europe engloutissait de grandes sommes d'argent, car pour presque chaque lettre il fallait payer un messager personnel. Calvin refusait toutefois de recevoir des suppléments financiers du Conseil. Il a même renoncé à une partie de son traitement en faveur de confrères moins bien rémunérés. Même dans ses jeunes années, Calvin ne jouissait que de ressources modestes. En 1534, il avait renoncé à ses bénéfices ecclésiastiques. Et le petit héritage de son père fut vite dispersé à cause de nombreux déplacements qui n'allaient pas de pair avec un emploi fixe. En qualité de pasteur de la paroisse des réfugiés français à Strasbourg (1538-1541), Calvin n'a pas touché de traitement durant une année, et il a même été contraint de vendre une partie de sa bibliothèque. Et Calvin n'a jamais reçu d'honoraires pour son activité ultérieure d'écrivain. Quand Calvin mourut en 1564, toute sa fortune (bibliothèque comprise!) s'élevait à 225 Taler et un gobelet d'argent. Cela correspond grosso modo à la moitié du traitement annuel brut d'un pasteur actuel.