Catherine Zell

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Née en 1497 ou 1498 à Strasbourg, fille du maître menuisier Schütz, Catherine Zell est contemporaine des réformateurs de renom. Intelligente et cultivée, elle n'hésite pas à prendre à partie les théologiens de l'Église traditionnelle à propos du mariage. Il est vrai qu'elle a épousé, en 1523, l'un des plus importants prédicateurs de la ville, Mathias Zell, pasteur de la cathédrale, l'un des premiers porte-parole du mouvement évangélique. Mariage bénit par Martin Bucer, lui-même déjà marié.

A une époque où les femmes ont bien peu droit à la parole, Catherine Zell marque son intérêt pour les questions religieuses et prend part aux débats entre protestants, par exemple au sujet de la sainte cène. Elle écrit à Luther, qu'elle rencontrera lors d'un voyage à Wittenberg, en 1538. Tout au long de sa vie, elle accueille des réfugiés de toutes conditions, rend visite aux malades et aux prisonniers et, en avance sur son temps, ne cesse de plaider la cause de la tolérance.


Catherine Zell 1497- 1562

Singulier parcours que celui de cette fille de menuisier strasbourgeois née en 1497 ou 98 que rien ne prédisposait à un autre rôle que celui d’une épouse de menuisier. Sa mère était née dans le Kochersberg, fille d'agriculteurs, mais avait appris à lire, à écrire, à compter, à prier. Silencieuse ! mais écoutant attentivement les prédications des prédicateurs de la cathédrale. Elle enseigne à Catherine tout ce qu'il faut savoir à la cuisine mais aussi les recettes de médecines familiales à base de plantes. Dès l'âge de 15 ans elle lui donne des cours d'éducation sexuelle.

Description de Catherine Zell: maigre (personne n'aimait les femmes maigres !), le nez long pointu, des pommettes hautes, le teint terne, petite, mais dotée d'une force de caractère et éloquente. Fille unique, elle a droit à un enseignement privé qui lui permet d'acquérir une connaissance rarement donnée à une fille de l'époque. A 12 ans, elle suit les prédications de Geiler von Kaysersberg à la cathédrale de Strasbourg et découvre un Evangile proche des hommes et de leurs réalités quotidiennes. Cet homme d'avant Luther attaquait déjà les dérives de l'Eglise romaine et essayait de la réformer de l'intérieur. Son père avait l'habitude d'inviter le curé, Matthieu Zell, successeur de Geiler, une fois par semaine au repas. Elle suit avec grand intérêt les discussions des adultes. Matthieu Zell ne ressemblait en rien à l'image qu'elle s'était faite de son futur mari, mais elle admirait cet homme qui osait ouvertement critiquer le clergé, les dogmes… Pour se rapprocher de lui, elle demande l'autorisation à son père de lire dans la Bible qu'il avait achetée et gardée soigneusement. Ce n'était pas une demande facile à l'époque ; seuls les prêtres avaient le droit de lire les Ecritures et elles ne devaient en aucun cas tomber entre les mains d'une femme. Elle assistera comme seule femme à des études bibliques paroissiales avec son curé et travaillera longuement sur l'Evangile de Marc, mais à titre privé l'Evangile de Jean où elle essaye de comprendre la place de la femme avec Jésus. Encore prêtre, Matthieu la demandera en mariage, ce qui n'a pas été chose facile, ni dans sa famille, ni dans la société où rompre ses vœux conduisait inexorablement à l'excommunication. C'est en 1523, à 26 ans qu'elle épousera Matthieu Zell qui lui en a 40. Ce mariage sera béni par Bucer suivant le rite ancien. A cette époque il est encore prêtre, lisait sa messe quotidienne, prêchait tous les dimanches, administrait les sacrements, visitait les malades et veillait à ce que le plus possible de pauvres soient secourus. Il l'impliquera dans le travail paroissial et la réflexion théologique et elle sera de la partie même dans la cuisine de tous les débats des gens de passage. Leur but: épurer l'Eglise romaine, la débarrasser de ses superstitions, obliger le Pape et les évêques à retrouver la piété, la vertu, et la simplicité des temps apostoliques. Permettre à tout homme et toute femme de lire le message de l'Evangile dans sa langue. Mais elle refusait que tout le monde soit obligé de rentrer dans un même carcan. C'est dans cette attente qu'est née l'Eglise de Strasbourg.

Le couple aura deux enfants qui mourront très jeunes. Durant sa vie, elle côtoie bon nombre de réformateurs Wolfgang Capiton, originaire de Haguenau qui l'emmènera dans la paroisse pour aider les affamés, les vieux, les malades.

Martin Bucer et sa femme Elisabeth Silbereisen qui s'étaient réfugiés chez eux. Les relations avec Bucer seront plus que houleuses, leurs discussions théologiques aussi.

Jacques Sturm, humaniste, Stettmeister diplomate et homme d'Eglise. Il essayait par tous les moyens de rallier l'empereur Charles Quint à leur cause, peine perdue, mais il arrivera pour un premier temps à la reconnaissance Jus reformandi qui donne aux princes et aux villes le droit de se rallier avec leurs gens à l'Eglise nouvelle, si telles étaient leurs convictions ou leur bon plaisir.

Zwingli et Oecolampade passent 15 jours chez les Zell lorsqu'ils se rendent à la dispute de Marburg.

Elle écrit à Luther, mais ne le rencontre qu'une fois, ses relations sont difficiles elle lui reproche sa raideur en ce qui concerne la compréhension de la Sainte Cène. Elle aurait aimé avec Bucer rapprocher les différents courants évangéliques en admettant que différentes compréhensions de la Cène sont possibles.

Profondément choquée par les condamnations à mort, elle le sera encore plus lors de la guerre des paysans et des massacres commandités par le duc de Lorraine. Avec Elisabeth Bucer, elle se rendra sur les champs de bataille, pour donner un peu « d'âme » à ceux qui meurent, pour secourir les blessés, les femmes et les enfants qu'ils ramèneront à Strasbourg où son mari prépare l'accueil des réfugiés. Elle ira voir Melchior Hoffmann en prison, lui apportera des petits pâtés et du beurre sur son pain noir. Condamnés parce qu'il était anabaptiste et refusait de se soumettre à la règle imposée. Avec Kaspar Schwenckfeld, qui faisait partie de ceux que l'on appelle épicuriens, elle trouve quelqu'un de sensible à la souffrance des humains et il lui sera d'une aide considérable.

Mais le plus grand choc sera la venue de la peste à Strasbourg. Face à ce fléau, elle prend d'abord la fuite, pleine de peurs, mais c'est en apprenant la mort de Capiton, puis celles des enfants de Bucer que plus rien ne la retient. Elle se rend chez eux avec des provisions et trouve sa femme en plein désarroi, trois enfants morts et 2 enfants survivants, Martin s'était réfugié dans l'église, incapable d'aider qui que ce soit. C'est Catherine qui lira les oraisons de la messe des défunts, abolie avant. Peu de temps après, Elisabeth et ses 2 autres enfants mourront.

Cet épisode de la peste forcera l'Eglise à repenser sa théologie. Elle demande à nouveau aux pasteurs de prier avec les familles près des tombes ouvertes. On retrouve la célébration des fêtes Pâques, Noël, Pentecôte, Toussaint. La confirmation reprend le rang de sacrement au côté du baptême et de la sainte cène.

Catherine aurait voulu que la paix s'installe entre les différentes tendances évangéliques mais il ne réussit pas dans ses tentatives. Le 9 janvier 1548 Matthieu Zell décède à l'âge de 70 ans. Catherine tiendra un discours à sa tombe puis elle se rend à Bâle chez le pasteur Mykonius. En 1549 elle reviendra à Strasbourg. Pendant ce temps elle cachera Martin Bucer et Paul Fagius, avant leur départ pour l'Angleterre. Le 27 juin 1562, bien que malade, elle prêchera à la tombe d'Elisabeth Heckler, les prédicateurs strasbourgeois ayant refusé de le faire puisqu'elle faisait partie du groupe de Schwenkfeld. Elle décédera le 5 septembre 1562 à l'âge de 64 ou 65 ans.

Nous garderons d'elle son infatigable souci pour les démunis, prisonniers, malades, rejetés. Elle fut aidée par son mari qui, sans être toujours d'accord avec elle, se laissait convaincre et lui donnait les moyens pour le faire.


Sources

LIENHARD Marc, "Une Strasbourgeoise du XVIe siècle hors du commun : Catherine Zell", Saisons d'Alsace n°97, septembre 1987, p. 67 à 70

Betty Schaeffer ; exposé de juillet 2009 à Baerenthal