Congrégationalisme

De Wiki-protestants.org, l'encyclopédie collaborative Protestante.
Aller à : navigation, rechercher

Le congrégationalisme

Le congrégationalisme est une forme de gouvernance ecclésiale pratiqué par de nombreuses églises chrétiennes. Dans ce système de gouvernance la souveraineté décisionnelle humaine réside en dernier lieu au niveau de la congrégation locale. La congrégation, définie pour la plupart comme des personnes ayant librement choisies de faire partie de l’église locale par un processus publique, a le droit et le pouvoir de décider sur des questions de tout genre portant sur sa gestion et notamment sur des questions relatives au personnel, à son financement, à la doctrine et aux pratiques ecclésiales en général.[1]

Le congrégationalisme créé donc une indépendance ecclésiale pour l’église locale vis-à-vis d’autre corps ecclésiaux tels que des dénominations ou d’autres églises locales. Ce modèle de gouvernance ecclésiale n’est pas monolithique et il se prête à une certaine flexibilité Elle peut se pratiquer de différentes manières selon les circonstances de l’église locale : certaines églises prônent une indépendance totale vis-à-vis de tout autre groupement ou autorité ecclésiale, d’autres choisissent la route de l’interdépendance et s’associent librement à d’autres églises locales dans une formation de type dénominationel dans le but de mettre en commun certaines ressources et d’encourager une attitude de fraternité mutuelle et de vigilance protectrice réciproque.

Au sein de l’église locale elle-même l’autorité décisionnelle humaine se situe au niveau de la congrégation, mais cela n’empêche pas la coexistence d’autres structures décisionnelles tel qu’un pasteur ou un conseil de pasteurs (anciens) et de diacres, ces derniers étant soumis en dernier lieu aux décisions de la congrégation.

Au sein de la chrétienté le congrégationalisme se distingue des systèmes de gouvernance épiscopale et presbytéro-synodales. Dans le système épiscopal, une église locale est sujette à l’autorité d’une hiérarchie d’évêques et dans le système presbytéro-synodale l’église locale délègue à un synode des représentants ; ce synode peut exercer de l’autorité sur des églises locales.

L’histoire du congrégationalisme

Les défenseurs du congrégationalisme prétendent que les origines de ce système de gouvernance ecclésiale remontent au début de l’église chrétienne [cf. section intitulée les fondements bibliques du congrégationalisme] ; c’est au deuxième siècle après J.-C. que le congrégationalisme primitif aurait cédé la place à un système de gouvernance par évêques monarchiques.[2]

Plus récemment les églises exerçant une gouvernance de type congrégationaliste retracent leurs origines à la réforme magistérielle et anabaptiste et en particulier aux mouvements séparatistes qui sont issus de la réforme anglaise. En 1523 Martin Luther a écrit le traité « Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs. » Dans ce traité Luther étaye le droit et le devoir de la communauté locale de se prendre en charge face à des autorités ecclésiales qui seraient en train de nier le pur Evangile.[3] De tels écrits ont posé les premiers jalons d’une gouvernance ecclésiale de type congrégationaliste, même si les Landeskirchen luthériennes elles-mêmes n’avaient pas instauré ce type de gouvernance.[4] Ensuite le mouvement anabaptiste issu de la réforme zwinglienne à Zürich a peut-être pratiqué une forme du congrégationalisme sans faire de cet aspect de leur théologie un champ de bataille.[5] Le mouvement congrégationaliste tel que nous le connaissons aujourd’hui est né à proprement parler du mouvement puritain, qui était lui-même divers, au sein de l’Eglise anglicane à partir du début du 17ème siècle. Ce sont les pères fondateurs des colonies anglaises de l’Amérique qui ont amené avec eux en Nouvelle Angleterre ce système de gouvernance ecclésiale. Les églises baptistes qui sont nées parmi les émigrés anglais installés aux Pays-Bas, en Angleterre et dans les colonies anglaises de l’Amérique du Nord au 17ème siècle ont également adopté le congrégationalisme.

Les fondements bibliques du congrégationalisme

Les défenseurs du congrégationalisme font appel à une panoplie de textes néo-testamentaires pour étayer ce système de gouvernance ecclésiale : Mt 18.15-20 ; Ac 6.3 ; 13,2-3 ; 15,22 ; 1 Co 5,2 ; 2 Co 2,6  ; Ga 1 ; 1 Th 5,21

Parmi les évangélistes Matthieu est le seul à relater une conversation où Jésus décrit le processus qu’il faut suivre en cas de péché au sein de la communauté chrétienne (Mt 18.15-20). Le processus de discipline décrit semble être de nature communautaire et il semble nécessiter l’accord de tous les membres d’une église (Mt 18,17) et l’église à laquelle le texte fait référence semble être une église locale. Plusieurs textes dans les Actes des Apôtres semblent conférer à l’église locale en tant que corps local le droit de choisir leurs leaders et leurs représentants (Ac 6,3 ; 13,2-3 ; 15,22). Dans les écrits de l’apôtre Paul à l’église de Corinthe, Paul ordonne à l’église locale toute entière d’exercer de la discipline ecclésiale (1 Co 5,2 & 2 Cor 2,6). Dans sa première lettre aux Thessalonciens l’apôtre Paul exhorte l’église locale de tester des prophéties, la tâche n’étant pas restreinte à des ministres seulement. De même dans Galates 1 Paul fait appel à toute l’église d’être responsable pour l’enseignement qu’elle reçoit et de refuser tout enseignement contraire à l’évangile qu’il avait lui-même prêché précédemment parmi eux.

Eglises congrégationalistes en Europe francophone

En France, Belgique et Suisse les églises qui pratiquent le congrégationalisme sont le plus souvent des églises protestantes évangéliques, encore que le congrégationalisme ne soit pas pratiqué par toutes les églises protestantes évangéliques. Sur la scène mondiale le congrégationalisme est particulièrement présent dans le mouvement pentecôtiste qui en plein essor en Afrique et en Amérique latine.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Notes et références

  1. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Editeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p.157.
  2. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Editeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p.172.
  3. M. LUTHER, Œuvres, tome IV, Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs. , Labor et Fides, Genève, 1958, p.84.
  4. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Editeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p.174.
  5. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Editeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p.174.