Croix huguenote

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Croix huguenote
Croix huguenote

Telle que nous la connaissons, la Croix huguenote complétée par le "Saint-Esprit" en pendentif semble avoir été imaginé par l'orfèvre nimois Maystre demeurant 4 rue du Marché vers 1688 (trois ans après la Révocation de l'Edit de Nantes).

L'abbé Valette, curé de Bernis, fait état de l'engouement qui se manifesta pour cette parure pendant et après l'apparition des "prophètes" cévenols. On rendait ainsi hommage au Saint-Esprit et au sacerdoce universel en portant un insigne irréprochable pour les persécuteurs, puisqu'il dérivait d'une très officielle et très catholique décoration.

Des femmes protestantes ont choisi la croix huguenote comme bijou, de préférence à la croix latine qui avait un caractère catholique accusé et dont Théodore de Bèze avait récusé la figure matérielle.

La Colombe

La colombe est un symbole biblique, dont les réformateurs, ont admis la reproduction en "image taillée". C'est la colombe qui avertit Noé que le niveau des eaux du déluge a baissé : "La colombe revint à lui sur le soir; et voici, une feuille d'olivier arrachée était dans son bec" (Genèse 8, 11). Les quatre Evangélistes attestent que Christ, au moment de son baptême, "vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe" (Mathieu 3, 16); Marc 1,10; Luc 3, 22; Jean 1, 32).

Dans l'histoire légendaire de la France, c'est encore la colombe du Saint-Esprit qui apporta à Clovis l'huile de l'onction royale. Conservée à Reims dans une ampoule d'or portant l'image d'une colombe, c'est la même huile qui était censée oindre tous les Rois de France. Elle est gardée le jour du sacre par les Chevaliers de la Sainte Ampoule dont l'insigne était la colombe sur une croix de Malte et, au-dessous, une "main d'incarnation" recevant la Sainte Ampoule.

En joaillerie, la colombe du Saint-Esprit est presque toujours représentée la tête en bas et les ailes déployées, volant du ciel vers la terre. Elle est dite "rayonnante". C'est ainsi qu'elle apparait au milieu de la Croix de l' Ordre du Saint-Esprit et, en pendentif, au-dessous de beaucoup de Croix huguenotes.

La colombe a souvent été employée, seule, comme bijou. Elle était représentée tantôt avec beaucoup de détails réalistes (bec, plumes, ailes), tantôt en filigrane. Elle était parfois rehaussée d'une ou de plusieurs pierres précieuses : brillant, grenat, rubis ou émeraude. Elle peut prendre l'aspect d'une petite croix.

Le petit pilon

Cependant, le pendentif des Croix huguenotes, même très anciennes ne se présente pas toujours comme une colombe, mais comme une espèce de boule allongée qui fut appelée en langue d'oc le "trissou", c'est à dire le petit pilon destiné à écraser une substance ou un aliment dans un mortier.

L'imagination populaire et la recherche érudite ont pourvu le "trissou" de diverses explications: larme de l'Eglise affligée ou langue de feu semblable à celles qui à la Pentecôte se posèrent sur la tête des disciples.

Il s'agirait, selon Pierre Bourguet, d'une ampoule ou petite fiole semblable à la Sainte Ampoule destinée au Sacre des Rois de France : celle que Saint-Rémy aurait reçu du ciel portée par une colombe pour le baptême de Clovis. La colombe du Saint-Esprit figurait sur cette ampoule vénérée. Aussi ne serait-il pas surprenant que la représentation de la colombe alterne avec celle du réceptacle sacré, sous les Croix huguenotes empruntées par les Protestants au symbolisme de la Royauté persécutrice. Hommage héroïque de fidélité au Roi ou signe de reconnaissance habilement camouflé, peut-être les deux à la fois, la Croix huguenote dut en partie son succès à son ambiguïté.

La Croix

Symbole chrétien, la croix a été représentée sous des formes très différentes dans l'art et l'héraldique du Moyen Age.

La croix huguenote dérive de la Croix de Malte avec des échancrures triangulaires à l'extrémité de chaque branche, alors que la Croix du Languedoc est une croix de Malte dont les branches sont allongées par des triangles qui forment des pointes de flèches.

On dit en héraldique qu'elle est "boutonnée" à cause des boules qui terminent les pointes. Elle présente une grande analogie avec la Croix de L'Ordre du Saint-Esprit, instituée par Henri III en 1578: "croix suspendue d'or à huit pointes émaillée blanc et vert, cantonnée de fleurs de lis, portant à l'avers la colombe rayonnante".

L'ordre du Saint Esprit

Cet ordre, créé par Henri III, fut initialement réservé à l'élite de la noblesse du royaume. Visiblement c'est d'elle dont s'est inspiré le bijoutier Nîmois. On mesure aussi l'audace et la conviction qu'il fallut pour porter en bijou un insigne aussi éloquent quelques années après la révocation de l'Edit de Nantes!

Les huit boules

Elles pourraient représenter les Béatitudes dites par Jésus en Matthieu 5


Heureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le royaume des cieux est à eux !

Heureux les affligés, car ils seront consolés !

Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !

Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous.


Plusieurs autres décorations françaises sont conçues d'après ce type de croix: L' Ordre de Saint-Michel fondé par Louis XI en 1469 pour commémorer la résistance du Mont Saint-Michel aux attaques anglaises; l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis créé par Louis XIV en 1693 qui était accessible aux bourgeois comme aux nobles mais dont les non-catholiques étaient exclus; le Mérite militaire créé par Louis XV en 1759 qui était destiné à récompenser des officiers protestants servant dans les régiments étrangers; la Croix de la Légion d' Honneur instituée par Napoléon Ier en 1805.

Dans la Croix huguenote, les quatre motifs qui relient les branches entre elles sont des fleurs de lys stylisées qui rappellent celles qui figurent à la même place dans les Ordres royaux de Saint-Michel, du Saint-Esprit, de Saint-Louis et dans le Mérite militaire. Pour Pierre Bourguet, il s'agirait de coeurs stylisés.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Protestants.org
  • Pierre Bourguet, "La Croix Huguenote" (2d. Les Bergers et les Mages) lère édition 1949.
  • Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme français, t. 59 (1910) "Croix huguenotes et bijoux cévenols" par le Dr. Louis Malzac.
  • Le Protestant aixois, janvier 1932. "Notes sur la croix huguenote" par le Colonel Campestre : "Des artisans parcourant les hameaux et villages s'ingéniaient à faire des croix avec des pièces de monnaie en or et offraient leurs services sur place. L'or enlevé servait de salaire, ce qui peut, jusqu'à un certain point, expliquer les différences sérieuses d'épaisseur".
  • B.S.H.P.F. t. 81 (1932) article du Doyen Raoul Allier : "La Croix huguenote" (d'abord publié dans les Nouvelles de "La Cause" (11 mars 1932) : Le pendentif a précédé la larme. Cite l'abbé Valette, "Histoire des troubles des Cévennes", manuscrit 13848 de la Bibliothèque de la Ville de Nîmes.

Notes et références