Féminisme

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Le féminisme

Ce terme apparaît en 1872 chez Alexandre Dumas fils, puis dans les textes de femmes après 1890. Il est lié au mouvement pour "l’émancipation" des femmes, latent depuis le 19è siècle, auquel s’ajoutent après 1960 des réflexions théoriques sur la "condition féminine", inspirés de l’ouvrage Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir [1]. Le mouvement féministe analyse la condition féminine en termes "d’oppression", dénonçant le "sexisme" à l’égal du racisme, et cherchant une stratégie de "libération" de l’emprise du "patriarcat".

En 1968 la France connut un "féminisme égalitaire" réclamant l’autonomie des femmes dans leurs décisions, le droit au travail, aux crèches, à une sexualité indépendante, à la contraception et à l’avortement. Les Etats-Unis, après les acquis -plus précoces qu’en Europe- des mouvements réformistes s’orientèrent après 1970 vers un féminisme "gynécentrique" glorifiant le corps et la "nature" féminine, élaborant un "contre-pouvoir" du féminin orienté vers le mystère, l’irrationnel, la recherche spirituelle, la sagesse, la créativité. Les romancières et métaphysiciennes américaines rendirent populaire la spécificité féminine et influencèrent durablement la société américaine [2].

En France les ouvrages des théoriciennes se limitèrent à une élite, ce qui explique l’orientation moins gynécentrique du féminisme actuel [3]. La parole des féministes fit son entrée dans les sciences humaines et l’espace universitaire, ajoutant à l’objectivité tant prisée de ces sciences l’aveu d’un "parti pris pour les femmes"[4]. La recherche pour les femmes, les "Women’s Studies" devint un vaste champ d’étude dénonçant la dépendance économique et sociale des femmes, leur exploitation sexuelle ou domestique, la violence physique et morale à leur encontre. Aux Etats-Unis, ces études sont entre-temps relayées par les "Gender Studies" et les "Men’s Studies". Le féminisme s’est également imposé dans le domaine de la théologie, d’abord avec une "théologie du féminin" au début de ce siècle, puis par un féminisme modéré dans les années 1950-60, pour aboutir à la démarche radicale des "théologies féministes". Dans cette évolution, la France occupe une place à part: très ouverte aux avancées féministes dans le domaine intellectuel et social, elle n’adhère pas à un féminisme qui sépare la société en un monde d’hommes et de femmes considérés respectivement comme bourreaux et victimes. Elle demeure orientée vers la mixité et la coopération des hommes et des femmes [5].

Elisabeth Parmentier


Références

  1. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 2 vol., Paris, Gallimard, 1949.
  2. Betty Friedan, The Feminine Mystique (1963)= La femme mystifiée, Paris, Gonthier, 1969; Kate Millett, Sexual Politics (1970)= La politique du mâle, Paris, Stock, 1971.
  3. Annie Leclerc, Parole de femme, Paris, Grasset, 1974; Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Paris, Grasset, 1975.Chantal Chawaf, Retable, Paris, Des femmes, 1974.
  4. Claudine Herrmann, Les voleuses de langue, Paris, Des femmes, 1976; Luce Irigaray, Ce sexe qui n’en est pas un, Paris, Minuit, 1977; Andrée Michel , Femmes, sexisme et sociétés, Paris, PUF, 1977.
  5. Cf. des représentantes typiques: Elisabeth Badinter, L’un est l’autre. Des relations entre hommes et femmes, Paris, Odile Jacob, 1986, ou Mona

Ozouf, Les mots des femmes. Essai sur la singularité française, Paris, Fayard, 1995.