Laïcité

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La laïcité en France tire son origine d'une longue tradition de contestation qui vise à diminuer l'influence du pouvoir clérical sur la vie sociale (le politique, le juridique, l'enseignement, la médecine).

Historique

C'est avec la Révolution française que, pour la première fois, le pouvoir spirituel va être distingué institutionnellement et socialement du pouvoir temporel. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen par le biais de ses articles 3 et 10 affirme en effet les principes de souveraineté nationale et de liberté de conscience qui recouvrent notamment la liberté religieuse. L'influence du spirituel se trouve ainsi limitée par le haut (prééminence des lois nationales) et par le bas (conscience individuelle). A partir de là, on distingue traditionnellement dans l'histoire de la laïcité française deux seuils de laïcisation successifs[1].

Les débuts de la laïcité : 1789 - 1871

Le premier seuil de laïcisation couvre la période qui s'étend de la Révolution française à la défaite de 1871. L'instauration par Napoléon Bonaparte du régime concordataire en 1801, l'établissement des cultes reconnus en 1802, la rédaction du Code Civil de 1800 à 1804 en sont les faits les plus marquants.

Ces textes reconnaissent la souveraineté de l'Etat, la pluralité des cultes, réaffirment le droit à l'indétermination religieuse. La religion dans la République française ne peut dès lors relever au mieux que d'une "religion civile". Ce confinement du religieux à sa tâche sociale et morale ne sera pas en mesure pourtant d'éradiquer les luttes d'influence entre partisans et adversaires de la religion. Cette période, connue aussi sous le nom de "conflits des deux France"[2], connaîtra en effet une division nationale marquée entre :

  • d'un côté une France religieuse, catholique pour l'essentiel, monarchiste, qui tente de conserver ses acquis
  • de l'autre, une France laïque, républicaine, anticléricale et progressiste (cf. mouvement des libres-penseurs) qui entreprend dès lors de s'affranchir totalement d'une religion perçue comme nocive y compris dans son rôle social et moral.

La défaite de 1871 et la Commune, l'échec des tentatives catholiques pour rétablir la monarchie vont conduire les républicains convaincus à instaurer progressivement une "laïcité républicaine".

La "laïcité républicaine (1880 - 1905)

Ce second seuil de laïcisation débute avec un certain nombre de mesures (lois de 1880) qui émancipent de plus en plus l'enseignement public et les enseignés eux-mêmes de la sphère religieuse. Sur cette même lancée, le début du XXe siècle sera marqué par la promulgation de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 qui abolit notamment le Concordat et le régime des cultes reconnus[3]. Malgré la vive résistance catholique qui s'est étendue jusqu'au milieu du XXe siècle pour l'essentiel, ces textes ont globalement contribué à pacifier le "conflit des deux France" en établissant une sorte de pacte laïque, une "laïcité de compromis"[4] qui fixe, pour les religions, le cadre du jeu républicain. Ses principes sont les suivants :

  • les institutions religieuses doivent être séparées des grandes institutions de la société civile
  • l'état ne reconnaît et ne favorise aucun culte particulier
  • la liberté de choisir sa religion fait partie du droit de chaque citoyen.

Cette 'laïcité du compromis" est aujourd'hui remise en cause non sur le plan juridique mais par le biais de la pratique, dans le contexte d'une modernité façonnée par la sécularisation (crise de l'idée d'un Etat providence, pluralisation et recomposition du religieux).

Vers une nouvelle laïcité ?

Certains sociologues proposent dès lors de repérer dans la modernité, un glissement vers un troisième seuil de laïcisation, une "nouvelle laïcité"[5] restant à définir.

Globalement, trois nouveaux modèles se font jour : une laïcité assimilation, une laïcité coexistence et une laïcité intégration[6] :

La "laïcité assimilation" se caractérise par une méfiance à l'égard de toutes les différences qui émergent continuellement de la société civile (sous couvert de la liberté de conscience ou de la liberté d'association) et tend ainsi à nier l'altérité culturelle dans le débat public.

A l'inverse, la "laïcité coexistence" accepte sans trop se formaliser (sans débat, sans critique) la pluralisation du corps social et ses répercussions sur la sphère publique, favorisant ainsi une certaine "tribalisation" de la société française qui met en danger la notion même de citoyenneté.

A mi-chemin entre la "laïcité assimilation" et la laïcité coexistence", une "laïcité intégration" semble nettement plus souhaitable. En fait, une laïcité qui puisse accueillir le pluralisme culturel et religieux, le fait social, comme une question posée à la sphère publique tout en restant critique à son égard. En d'autres termes, une laïcité qui permette, à partir d'une éthique du débat, la formation d'une société citoyenne non "communautariste" et non "ethnique"[7].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Notes et références

  1. Voir J. Baubérot, La laïcité, quel héritage ? : de 1789 à nos jours, Genève, Labor et Fides, 1990
  2. Voir E. Poulat, Liberté-Laïcité : la guerre des deux France et le principe de la modernité, Paris, Cerf, 1987
  3. Notons cependant que le concordat et le régime des cultes reconnus s'appliquent encore aujourd'hui en Alsace et en Moselle. Ces trois départements se trouvaient en effet sous tutelle allemande au moment du vote de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905. Ils demeurent très attachés jusqu'à aujourd'hui à ce régime de droit local
  4. Cf. D. Hervieu-Léger, Le pélerin et le converti : la religion en mouvement
  5. Voir G. Haarscher, La laïcité, Que sais-je ? n°3129, Paris, PUF, 1996, pp. 76-79
  6. idem pp. 119-123
  7. Danielle Hervieu-Léger dans son ouvrage Le pélerin et le converti, Paris, Flammarion, 1999, se fait largement l'écho de cette idée en proposant une "laïcité médiatrice" qui place les familles spirituelles et l'Etat dans l'optique d'un "tournant coopératif" où "les adversaires d'hier, confrontés au risque de dissolution du lien social, sont conduits à mettre en commun un certain nombre de ressources symboliques afin de contribuer à la sauvegarde et à la recharge d'une mémoire collective, indispensable à l'émergence d'une volonté de vivre ensemble" (p. 255)