Le Ban de la Roche

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Ban de la Roche

Historique

Le Ban de la Roche , ancien territoire du Saint Empire Germanique précedemment aux mains des Rathsamhausen zum Stein, se compose de huit villages et cinq hameaux. Rothau, Wildersbach et Neuviller-la-Roche, avec les hameaux de Riangoutte et de la Haute-Goutte, forment au Nord la vallée de la Rothaine. La vallée de la Chirgoutte au Sud comprend les villages de Fouday, Solbach, Waldersbach, Bellefosse et Belmont, ainsi que les hameaux de Trouchy, de Pendbois et de la Hutte.

La seigneurie est rachetée en 1584 par le comte Georges Jean de Veldenz, comte de La Petite-Pierre (voir page 31). Homme remarquable, il est entre autres à l'origine de la création de la ville de Phalsbourg comme ville refuge des huguenots*. Au Ban de la Roche, il développe l'industrie minière et la métallurgie. La guerre de Trente Ans ruina et dépeupla la contrée qui ne comptait plus que 200 habitants en 1655. La famille de Veldenz s'étant éteinte en 1723, le roi Louis XV annexe le fief en faveur de l'Intendants d'Alsace, lequel, devenu comté, est vendu en 1771 à Jean de Dietrich. Après la Révolution Française, le comté fut d'abord rattaché au Bas-Rhin (district de Sélestat ou de Benfeld) puis, partiellement de 1795 jusqu'à la guerre de 1870, au département des Vosges, arrondissement de Saint-Dié. Après celle-ci, il fut rattaché avec l'Alsace à l'Allemagne pour des raisons historiques et stratégiques : il s'agissait en retrouvant un ancien territoire de faire coïncider la nouvelle frontière politique avec la ligne de crête des Vosges.

Pendant près de 200 ans, le textile a assuré la prospérité de la vallée de la Bruche en général et du Ban de la Roche en particulier. L'aventure de l'industrie cotonnière se développa à partir de 1785, lorsque l'industriel Reber de Sainte-Marieaux-Mines, sollicité par Oberlin, employa les gens du Ban de la Roche pour le filage de sa production. Le tissage à domicile sur les métiers à bras, puis l'introduction de la mécanique dans les filatures et les tissages ont modelé la vie des habitants de la Haute-Bruche.

La guerre de 1870 et l'occupation nazie (1940-44) ont créé une frontière à l'Ouest du Ban de la Roche qui séparait la France de l'Allemagne. Cette «crête bleue des Vosges» a également eu des conséquences économiques non négligeables pour cette région. Les entreprises locales furent coupées de leur clientèle française et handicapées dans l'approvisionnement de coton en provenance des États-Unis. Celui-ci transitait en effet par le port du Havre vers la haute vallée de la Bruche.

La Seconde Guerre mondiale a vu le jour de deux camps qui ont profondément marqué la région : celui de Vorbruck-Schirmeck et le camp de concentration du Struthof.


=La Réforme luthérienne

Bien que la famille Rathsamhausen zum Stein soit passée à la Réforme au milieu du 16e siècle, ce n'est que Georges Jean de Veldenz qui envoya les premiers pasteurs prêcher la Réforme luthérienne après 1584. Celui-ci fit adapter en langue française les Ordonnances ecclésiastiques du comté de La Petite-Pierre et fit venir des pasteurs du pays de Montbéliard, seule région luthérienne de langue française. À partir de 1618, le Ban de la Roche comptait deux paroisses: Waldersbach et Rothau.=

La paroisse de Waldersbach comprenait les villages de Fouday, Solbach, Waldersbach, Bellefosse et Belmont et les hameaux du Trouchy, du Pendbois et de la Hutte. La paroisse de Rothau se composait des villages de Rothau, Neuviller et Wildersbach et des hameaux de Riangoutte et de la Haute-Goutte. En vertu du principe «cujus regio ejus religio », le Ban de la Roche était une enclave luthérienne dans un territoire catholique. Les territoires environnants appartenaient: au Nord à l'évêché de Strasbourg et à la ville d'Obernai, catholique; à l'Ouest au comté de Salm, catholique; au Sud, le bailliage de Villé appartenait aux Habsbourg, également de confession catholique romaine. Le bailliage de Barr; situé à l'Est, était le seul lien avec un territoire protestant. En outre, Barr était le siège du consistoire dont dépendaient les deux paroisses du Ban de la Roche de 1802 à 1852. Pour des raisons linguistiques, les premiers pasteurs à prêcher l'Évangile selon la Réforme venaient du pays de Montbéliard. Parmi eux, citons Nicolas Marmet, pasteur du Ban de la Roche entre 1611 et 1675. Ce ministère d'un demi-siècle fut souvent interrompu par les péripéties de la guerre, les fuites ou les changements de domicile forcés. Il a été pendant de longues années le seul pasteur en exercice. Nicolas Marmet est connu pour avoir combattu énergiquement le culte des images.

Indiquons aussi le nom de Léopold Georges Pelletier (1707-1712) qui organisa dans sa paroisse de Waldersbach des «associations pieuses », dont les membres s'appelaient des «réveillés ». Des intrigues contre Pelletier l'obligèrent à quitter le Ban de la Roche, non sans avoir; avec ses réunions du réveil, préparé le terrain à Stuber et à Oberlin. L'interdiction faite par le roi de France de recruter des pasteurs étrangers (Montbéliard appartenait au duché du Wurtemberg) voit arriver après 1727 des pasteurs faisant partie de l'Église luthérienne de Strasbourg. On eut donc beaucoup de peine à trouver des pasteurs parlant français, jusqu'à la nomination de J.-G. Stuber en 1750 et de J.-F. Oberlin en 1767. Le problème de la maîtrise de la langue était un enjeu majeur pour la prédication de l'Évangile et pour le désenclavement du Ban de la Roche. Stuber se donne comme priorité la diffusion de la Bible tout en alphabétisant l'ensemble de la population. À l'aide d'une méthode originale «l'Alphabet Méthodique» dont il est l'auteur; il systématise l'apprentissage de la langue française, la population parlant un dialecte lorrain: le welche, forme et installe des instituteurs dans les villages de sa paroisse et fonde une bibliothèque de prêt.

=La communauté mennonite dans la vallée de la Bruche

Persécutés en Suisse, les mennonites ont cherché asile là où on voulait bien les tolérer. Certains se sont établis en Alsace, et en particulier dans la vallée de SainteMarie-aux-Mines. = Dès la fin du 17' siècle, on en voit s'installer dans le Ban-de-Ia-Roche. Dans les premières années du siècle suivant, ils apparaissent dans le pays de Salm. Après l'Édit de 1712 par lequel Louis XIV les chasse de France, ils arrivent en plus grand nombre. Dans la première moitié du 18ème siècle, une communauté se forme au Salm (commune de La Broque). De 1890 à 1924, les cultes ont lieu dans une ferme aux Quelles (commune de La Broque). De 1924 à 1938, les cultes ont lieu à Bénaville (commune de Saulxures). L'émigration vers les États-Unis d'Amérique affaiblit la communauté au 19' et au début du 20' siècle. À la fin du 18' siècle, des cultes ont lieu dans diverses fermes situées au Hong (commune de Bourg-Bruche). Émigrations, mariages mixtes, difficultés économiques et isolement affaiblissent la communauté qui comptait encore 12« anciens» (prédicateurs) à la fin du 19' siècle. En 1919, il n'y a plus d'ancien sur place; les assemblées voisines envoient des prédicateurs d'autres assemblées pour assurer le service. Le cimetière mennonite du Salm est lié à l'installation d'une communauté anabaptiste sur le territoire de la commune de La Broque. On y trouve les tombes des deux plus illustres «anciens» de la région : Jacob Kupferschmitt et Nicolas Augsburger.

=La langue en usage au Ban de la Roche

Avec les Vals de Villé et d'Orbey, le pays du Donon et le côté vosgien du col de Sainte-Marie-aux-Mines, le Ban de la Roche est une de ces terres où l'on parle un patois roman. Jérémie Jacques Oberlin, frère du pasteur de Waldersbach, donne, dans un ouvrage consacré au patois lorrain, des indications quant à sa nature: «Le fond de ce patois est le vieux langage français du 12' siècle environ, que des gens occupés continuellement au labour ne se sont pas avisés de changer. Il s'est glissé dans ce patois par la succession des temps beaucoup de corruptions ... ». Après la guerre de Trente Ans, les immigrants wurtembergeois, souabes, suisses, autrichiens et français, enrichiront et altèreront le patois lorrain du Ban de la Roche. La royauté et la Révolution de 1789 vont s'employer à remplacer tous les patois romans par un seul: celui d'Ile-de-France. En 1791, Talleyrand proclama devant l'Assemblée nationale que l'école devait faire disparaÎtre «les dialectes corrompus, dernier reste de la féodalité ». À partir du milieu du 18' siècle, l'usage du patois est réprimé dans les cours des écoles au nom du progrès. Durant les deux guerres mondiales, il a servi de langue de résistance à la germanisation. Il a été régulièrement parlé au Ban de la Roche jusque vers 1960. Aujourd'hui, quelques personnes seulement sont encore en mesure de le parler couramment. La défection du patois, autrefois langue de la «besogne », est aussi liée à l'exode rural et à la crise de l'industrie textile. =

=Personnalités

Jean-Georges Stuber (17221797). Né à Strasbourg, Jean-Georges Stuber. fit deux séjours à la tête de la paroisse de Waldersbach, de 1750 à 1754 et de 1760 à 1767. Entre ces deux séjours, il s'occupa de la paroisse de Barr. Illustre prédécesseur d'Oberlin, il resta dans l'ombre de son successeur. Homme de grande culture et doué pour les langues, musicien passionné, c'est lui qui entreprit une réforme complète de l'enseignement en formant et instituant des maîtres d'écoles permanents. Il donne à ses «régents» d'école un statut et un salaire digne. Il organise les écoles, utilise la musique comme moyen pédagogique et met au point une méthode d'apprentissage de la langue française, connue sous le nom d'Alphabet méthodique. C'est pendant son premier ministère au Ban de la Roche qu'il fait restaurer les églises de Belmont et de Waldersbach et construit celle de Neuviller. De 1767 à sa mort, Stuber sera diacre à Saint-Thomas à Strasbourg, en butte à de nombreuses difficultés, mais ouvert aux idées nouvelles du Siècle des lumières et de la Révolution française. Son esprit pratique et son souci de diffuser la Parole de Dieu le conduit à traduire en français le petit catéchisme de Luther ainsi qu'un certain nombre de livres du Nouveau Testament. Accusé d'être un novateur hétérodoxe et de remettre en cause la traduction de la Bible faite par Luther. il dut se justifier devant la Faculté de théologie et devant le Convent eccléslastique*. =

Grâce au système éducatif mis en place par Stuber, Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826) va pouvoir semer dans un champ soigneusement labouré. Outre les taches habituelles du pasteur, il entreprend une œuvre de redressement économique, agricole et social. Oberlin n'ignorait pas que le progrès social passe d'abord par l'instruction. C'est dans ce cadre qu'il va mettre en application une pédagogie nouvelle, fondée sur l'éveil de l'intelligence et l'acquisition de connaissances par l'appel aux sens. Cette démarche le conduit aussi à s'occuper de la petite enfance et à créer ce qu'il appelait «poêle à tricoter », l'ancêtre de nos écoles maternelles. Pour développer une agriculture rentable, Oberlin fait introduire de nouveaux semis. Parallèlement, il favorise l'installation des métiers à tisser dans les fermes et la création de manufactures dans sa paroisse. En tout cela, la Bible est sa référence première et dernière. Le texte biblique éclaire pour lui toute son œuvre au Ban de la Roche. Étudiant à la faculté de théologie de Strasbourg, Oberlin reçoit une formation de stricte orthodoxie luthérienne. Parallèlement à cela, il manifestera un intérêt très vif pour le piétisme* et pour les Frères Moraves* en particulier. Dans la correspondance qu'il entretient avec la Conférence de Herrnhut, il dit toute sa sympathie et ses prières pour le mouvement. La lecture de la Bible et la prière sont les pierres de touche aux théologies et spéculations qu'il examine, elles sont les passerelles qui permettent aux gens de bonne foi de se retrouver. Avec l'abbé Henri Grégoire, ce sont les droits de l'homme et l'esprit républicain qui entrent dans la vie d'Oberlin. Les deux hommes se rencontrèrent plusieurs fois et se lièrent d'amitié. Dans leurs relations, on distingue de façon embryonnaire ce qu'aujourd'hui nous appelons «l'œcuménisme ».


Nicolas Augsburger (1800-1890). Né à Sainte-Marie-aux-Mines, il a été «ancien» de la communauté mennonite du Salm-Labroque. «Estimé de tous ceux qui le connaissaient. Tous les touristes qui ont passé à Salm pendant un demi-siècle ont entendu parler de lui et s'estimaient honorés de pouvoir s'entretenir avec lui. Il est devenu propriétaire d'un grand domaine qu'il exploita de façon si remarquable qu'il servit d'exemple aux paysans de la commune et environs. Il remplit les fonctions diverses de médecin des hommes et des bêtes et s'efforça, dans la mesure du possible, d'imiter Oberlin.» (Journal de Molsheim 14 sept. 1889). Des cultes ont été célébrés dans sa maison inscrite sur l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1984. Il est enterré à côté de son épouse, Madeleine Gerber, au cimetière tout proche, lui aussi classé monument historique. La ferme et le cimetière peuvent être visités lors de la Journée du patrimoine, le 3' dimanche du mois de septembre.