Metz (histoire)

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Depuis des siècles, l'histoire de la ville et des environs de Metz a été influencée par les relations entre la France et l'Allemagne. Celle du protestantisme messin en a été profondément affectée. Le protestantisme a longtemps été considéré comme un corps étranger en pays messin : il fut qualifié de «français» au 16e siècle et «d'allemand» aux 19e et 20e siècles. Les acteurs locaux, coincés entre des puissances politiques, religieuses, industrielles extérieures, ont rarement eu une grande liberté d'action.

De Charlemagne à l'occupation française en 1552

  • Le Moyen Âge

Metz fut l'une des capitales de l'Empire carolingien. Avec Verdun, Toul et Trèves, elle formait la «Lorraine épiscopale» où le pouvoir était entre les mains de l'évêque. Plus au sud, en «Lorraine ducale », il appartenait à la noblesse. Ouverte à divers mouvements religieux, elle connut dès 1197 celui des Vaudois*. L'évêque Bertram condamna ce mouvement et fit brûler les textes bibliques traduits et mis par ces «hérétiques» entre les mains des fidèles, auxquels il interdit de les lire sans guide. Les bourgeois de Metz, appelés «citains », profitèrent de l'affaiblissement de l'évêque pour s'organiser et accroître leur pouvoir par l'intermédiaire du «Conseil des Treize» recruté parmi les familles patriciennes appelées «paraiges ». La «République messine» naquit ainsi en 1234. On confina l'évêque au domaine spirituel. Bientôt, il n'y eut plus d'évêque résidant dans la ville: il était à Vic-sur-Seille ou à la cour du roi ; des suffragants le remplaçaient à Metz. Grand marché régional entre Strasbourg, Francfort, la Champagne, les Pays-Bas et la Bourgogne, avec une vingtaine de paroisses et autant de couvents, la ville a connu, à la fin du Moyen Âge, de nombreux appels à la réforme religieuse.

  • Une Réforme semée d'obstacles

Au début du 16e siècle, un cercle d'humanistes se forma autour de l'érudit Corneille Agrippa qui soutenait les idées de Lefèvre d'Étaples*. Le mouvement réformateur de Luther* a atteint Metz en 1521 et trouva un écho favorable chez certains membres du clergé ainsi qu'auprès d'intellectuels et de familles patriciennes. Le peuple restait à l'écart. De décembre 1523 à août 1525, plusieurs prédicateurs des idées protestantes vinrent à Metz, par exemple Jean Chatelain et Jean Leclerc, Pierre Toussain et Guillaume Farel*. Chatelain et Leclerc périrent sur le bûcher; Farel ne dut son salut qu'à la fuite. Le duc de Lorraine, qui «désire avoir» Metz, comme il le proclame dans le vitrail de la cathédrale de 1523, poussa le Magistrat à sévir contre les idées nouvelles, comme on le faisait déjà de façon impitoyable et efficace en Lorraine ducale. Le mouvement continua cependant de façon souterraine. Gaspard de Heu devint maître-échevin de la ville en 1542. Il fit revenir Farel pour prêcher aux 5 à 600 protestants messins. Il ne put le faire qu'à Montigny-lès-Metz, puis à Gorze où le comte de Furstenberg, lié à Calvin*, le protégeait. Il en fut chassé au bout de cinq mois par les Guise appelés par l'évêque. Un contrat de 1543 permit en principe aux protestants de célébrer leur culte à la chapelle Saint-Nicolas.

  • L'occupation par les Français

Les temps sont troublés. Charles Quint essayait d'endiguer; voire d'étouffer le mouvement protestant. En 1552, le roi de France Henri Il s'empara de Metz et l'occupa malgré une réaction impériale. La politique religieuse des rois de France variait entre une certaine tolérance et la répression, selon les aléas de la politique. Les protestants purent finalement s'implanter et Metz devint une ville triconfessionnelle comptant des catholiques, des protestants et quelques juifs. Séparée de fait de l'empire germanique, la ville dut s'ouvrir à l'influence française, ce qui provoqua de nombreux problèmes.

De 1552 à la mort de Henri IV (1610)

  • L'essor protestant contrarié

Après la mort de François II (1560), il y eut un moment de répit. Pierre de Cologne, un élève de Calvin et Jean Taffin vinrent aider les protestants messins à s'organiser. Ils adoptèrent la confession de foi et la discipline réformées. L'Église protestante de Metz s'inscrit dorénavant dans la tradition réformée, sans jamais devenir membre d'un synode* réformé de France, vu la situation de Metz, ville occupée par le roi de France, tout en faisant juridiquement partie de l'empire jusqu'en 1648.

En 1561, le culte fut autorisé à Saint-Privat et des registres d'état civil furent ouverts. Peu de temps après, on autorisa la construction d'un temple au «Retranchement des Guise ». Plusieurs écoles protestantes furent créées. L'Église se développa rapidement, par conversion de catholiques messins et surtout par l'arrivée de réfugiés huguenots* fuyant les guerres de religion dans le reste du Royaume de France.

Une période difficile commença en 1569 où Charles IX visita Metz: le temple du «Retranchement» fut détruit et le culte interdit. Les protestants messins se rendirent au culte à Courcelles-Chaussy, Burtoncourt ou Montoy-Flanville au château des de Clervant. Un relâchement de la pression en 1576 permit la construction d'un temple rue de la Chèvre. Des cultes furent organisés à Saint-Pierre-aux-Champs, dans un lieu appelé «fosse aux serpents », près de la porte St. Thiébault (au bord de l'actuelle Place St. Thiébault).

  • Deux décennies de liberté

En 1592, soit 6 ans avant l'Édit de Nantes', Henri IV écrivit en son camp de Senlis une «lettre patente» qui accordait aux protestants de Metz la liberté de culte. Immédiatement, l'Église reprit vie. En 1597, un temple fut installé à Chambière. Des lieux de culte et des écoles se développèrent; on ouvrit même un collège. Quatre pasteurs et 7 diacres s'occupaient des quelque 9 000 protestants de Metz bien organisés, soit près de la moitié de la population.

La Contre-Réforme et la disparition de l'Église protestante de Metz (1689)

  • La réforme catholique

La ville de Metz n'avait pas publié les canons du Concile de Trente, ce qui y avait freiné la contre-Réforme catholique. C'est après la disparition de Henri IV que furent prises, sous l'impulsion de l'évêque Charles Il de Lorraine, des mesures de réforme catholique destinées à lutter contre le calvinisme. L'évêque suffragant, Martin Meurisse, raconte dans ses livres comment il agit avec détermination et brutalité pour faire disparaÎtre «l'hérésie».

La réforme catholique fut efficace: visites pastorales dans les paroisses, création de nouveaux monastères (Il y en avait 29 en 1648), d'un collège, d'un séminaire et de confréries dans les paroisses raniment la foi catholique. En 1622, avec l'autorisation de Louis XIII, on fit venir les Jésuites pour diriger le collège. En 1643, le temple rue de la Chèvre fut pris aux protestants. Malgré les dialogues théologiques entre le pasteur Ferry et Bossuet, les prédicateurs catholiques lançaient des attaques violentes contre les pasteurs. Des «Maisons de la propagation de la foi» furent créées: pour les femmes et les jeunes filles protestantes en 1623, puis pour les hommes. Ils y étaient enfermés jusqu'à ce que conversion s'en suive.

  • La répression contre les protestants

Pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648) la répression anti-protestante se relâcha quelque peu à Metz, la France soutenant les princes protestants contre la maison d'Autriche. Les protestants furent cependant soumis à des chicaneries et des interdictions multiples. En 1648, le traité de Westphalie ratifia l'appartenance de Metz à la France. Louis XIV prit personnellement le pouvoir en 1661 et établit sur la frontière un chapelet de forteresses catholiques. Dès lors, la violence remplaça la diplomatie : à la fermeture des écoles s'ajoutèrent amendes et emprisonnement de protestants. En 1662, le temple de Chambière fut détruit, un nouveau temple fut construit au «Retranchement des Guise », terrain militaire facile à contrôler. On exclut les protestants des offices publics. Sur un point, les protestants de Metz furent mieux traités que ceux du reste du royaume: il n'y eut ni dragonnades', ni incendies de temples. Cela fit espérer aux protestants messins que l'épreuve serait passagère.

  • La Révocation (Édit de Fontainebleau: 17 octobre 1685)

La Révocation de l'Édit de Nantes' fut appliquée avec une brutalité qui laissa les protestants désemparés. Le texte royal arriva à Metz le samedi 20 octobre et le Parlement l'enregistra immédiatement. L'Intendant ordonna au pasteur Ancillon de suspendre le culte. Le temple fut mis à sac le lundi suivant et rasé le 27 sur ordre de Louvois. Les pasteurs durent quitter la ville le 31 octobre. De nombreuses familles protestantes partirent vers l'exil, mais Louvois fit surveiller les routes pour empêcher la fuite. Ceux qui ne se convertirent pas subirent deux dragonnades : en août 1686 (le comte de Bissy utilisa les terribles dragons de Pinsonnel) et en octobre 1687 (par le marquis de Boufflers). Tous les protestants durent abjurer. En décembre de la même année, les derniers chefs des protestants furent arrêtés et déportés. Parmi eux, le notaire Olry, déporté en Martinique, parvint à s'enfuir; grâce à la complicité des Hollandais. Il écrivit une histoire de «la persécution de l'Église de Metz ». C'est à cette époque aussi que se situe la fuite de Marie Dubois.

En deux ans, le protestantisme messin fut éradiqué. Son histoire continua aux Pays-Bas, dans les régions de Francfort, de Kassel et autour de Berlin, où la famille Ancillon avait trouvé refuge et put jouer un rôle important.

De la Révocation à la Révolution : un siècle de discrétion

Le départ des protestants plongea la ville dans un marasme économique dont elle ne se releva que grâce à son rôle de «forteresse qui protège le royaume» pendant les guerres contre l'Autriche. Les juifs, dont on avait besoin pour fournir l'armée, arrivèrent en nombre croissant dans le ghetto installé au pied de la paroisse Sainte-Ségolène (Quais du Rimport, Félix Maréchal et rue des Jardins). Pendant un siècle, les protestants devinrent quasi invisibles à Metz. Des jeunes filles enfermées à la Propagation abjurèrent peu à peu. En 1714, un jeune homme de Courcelles-Chaussy, David Véry, forcé à communier; recracha l'hostie, il fut condamné, mais put s'échapper. Un autre, nommé Chardin, fut pendu en 1729 pour un comportement analogue.

Les quelques protestants qui restèrent allaient discrètement à Ludweiler en Sarre pour participer au culte ou à la sainte cène. Certains participèrent en cachette aux cultes protestants célébrés par des régiments étrangers de passage dans la ville (ainsi à l'hôtel de Burtaigne, Place des Charrons).

À partir de 1760, des cultes clandestins recommencèrent à Courcelles-Chaussy, puis à Metz. Des protestants réapparurent lors de l'Édit de Tolérance* de 1787 et firent légitimer leurs mariages. À la Révolution, ils obtinrent l'autorisation temporaire d'utiliser les chapelles de Sainte-Croix (actuellement emplacement du collège Taison) et de la Propagation. Des cultes réguliers furent organisés à Courcelles-Chaussy. Les 488 protestants de Metz et environs reçurent, fin 1803, l'autorisation d'utiliser la chapelle des Trinitaires comme temple avec Frédéric Charles de Félice, à la fois pasteur et professeur à l'École centrale de la Moselle.

Les lieux-souvenirs d'un passé invisible

Metz et ses environs immédiats ne donnent à voir aucun monument, aucune trace du protestantisme d'avant la Révolution française, tout ayant été détruit lors de la Révocation de l'Édit de Nantes*. En outre, l'urbanisation des derniers siècles a effacé beaucoup de traces (couvents, églises, granges, etc.). Quelques endroits peuvent être reliés à l'histoire protestante, avec toute la prudence qu'exigent des localisations souvent aléatoires.

LA CHAPELLE SAINT-NICOLAS rue de la Fontaine et place Saint-Nicolas.

Le culte a pu y être célébré pendant quelques mois en 1543. Le bâtiment fut un hospice, avant d'être transformé en résidences à la fin du 20' siècle.

L'HÔTEL DE HEU 19-21 rue de la Fontaine.

La famille protestante de Heu a accueilli Guillaume Farel* pendant quelque temps. La fille de Robert de Heu épousera Claude de Venne, sieur de Clervant en 1542. Les de Clervant joueront un rôle important à Courcelles-Chaussy (où se trouvait un de leurs châteaux).

L'ÉGLISE NOTRE-DAME rue de la Chèvre

Un temple y fut élevé en 1576, il était flanqué d'un presbytère où habitait le pasteur Paul Ferry. Malheureusement, en 67 ans d'existence, on ne put même pas y célébrer le culte pendant 2 ans cumulés, d'où son nom de «Crève cœur». Le culte y fut interdit même pendant la période de l'Édit de Nantes, qui prévoyait qu'une ville où siégeait un évêque ne pouvait accueillir dans ses murs un culte protestant. On y tint cependant des réunions de consistoire, de catéchisme etc. En 1642, les protestants durent céder le temple, pour la somme de 5 740 Livres, aux Jésuites qui y ont construit l'église Notre-Dame (une inscription dans l'entrée de l'église rappelle le temple).

LA PROPAGATION DE LA FOI 9 rue Taison

Sous la direction de Bossuet, on y enfermait des jeunes filles protestantes. Elles n'en sortaient qu'après avoir abjuré (des billets d'abjurations, parfois signées par des fillettes de 8 à 9 ans se trouvent aux Archives Départementales). Elles étaient ensuite mariées dans des familles catholiques.

LE «RETRANCHEMENT DES GUISE» rue du Général Fournier

Il y eut deux temples successifs et un cimetière protestant sur ce terrain situé autrefois au-delà de la Seille (qui passait rue Haute Seille, rue Basse Seille, et traversait l'actuel Boulevard Paixhans). La porte qui se trouve actuellement derrière le terrain de jeu provient de la prison pour femmes «La Madeleine» située rue Lasalle et n'y a été placée que vers 1987.

CHAMBIÈRE square du Pontiffroy Lieu approximatif du temple de Chambière : les moines du couvent Saint-Vincent situé ici ont loué un terrain aux protestants. Le culte y fut célébré en plein air, puis le terrain fut entouré de palissades et enfin recouvert d'un toit. Il paraît que ce temple était plus grand que celui de Charenton. Le terrain a dû être rétrocédé aux moines en 1663 après remise en l'état primitif. La localisation exacte est impossible, vu la transformation de tout le quartier.

SAINT-PRIVAT à Montigny-les-Metz, 54 avenue Franiatte, entre la rue St. Exupéry et la rue des Volontaires. Le premier culte dans l'église Saint-Privat eut lieu à la Pentecôte, le 25 mai 1561. L'église fut rendue au culte catholique en 1610.

LA HORGNE route de Siory à Montigny-les-Metz entre la route et la ligne de chemin de fer. Lieu de culte dans une ancienne ferme. Ce temple a servi de 1542 en 1680, avec de nombreuses interruptions.

MUSÉES DE METZ rue du Haut Poirier. Dans l'une des salles Renaissance se trouvent quelques fresques découvertes en 1982 dans le quartier des Tanneurs. Elles datent du 16e siècle et représentent des scènes de l'Ancien Testament avec une inscription latine. Il est possible qu'elles aient été réalisées pour une famille protestante.

De la Révolution à 1918

La lente renaissance du protestantisme après la Révolution française

Le début du 19e siècle vit une lente progression du protestantisme réformé à Metz, au sein d'une Église consistoriale qui s'étendait aux départements de la Moselle (de Baerenthal à Longwy) et de la Meurthe (de Phalsbourg à Nancy). Elle comprenait les paroisses de Lixheim, Hellering, Courcelles-Chaussy, Nancy, Metz. La paroisse de Metz, logée à la chapelle des Trinitaires s'est stabilisée sous le pasteur Othon Cuvier; venu en 1838. Une annexe fut créée à Ars-sur-Moselle, mais la paroisse s'étendait jusqu'à Briey. Outre les anciens messins, elle accueillait des protestants venus d'Alsace, d'Allemagne, de Suisse, réformés et luthériens. Dans cette paroisse réformée de langue française, certains ne parlaient que l'allemand. En 1855, un pasteur auxiliaire fut chargé des germanophones. Les difficultés étaient grandes. Entre manque de moyens et pression des catholiques, la paroisse restait fragile.

L'annexion de 1871

Le traité de Francfort qui, le 10 mai 1871, annexait à l'Allemagne l'Alsace et une partie de la Lorraine changea la situation: l'Église consistoriale fut démembrée. Le pasteur Cuvier; francophone, quitta Metz pour Nancy. Le pasteur Timothée Wenger; germanophone, resta à Metz et réorganisa le consistoire avec Metz et son annexe Ars-sur-Moselle, Courcelles-Chaussy, Hellering, Lixheim et Sarrebourg. Il n'y avait pas d'autres paroisses réformées dans ce que Bismarck appelait "la Lorraine", formée d'une partie des anciens départements de la Moselle et de la Meurthe (l'actuel département de la Moselle). La partie de l'ancienne Moselle autour de Longwy, restée française, fut rattachée à la Meurthe pour devenir l'actuelle Meurthe-et-Moselle. Les protestants messins et leur pasteur s'affirmèrent, espérant que les Allemands tiendraient compte de leur existence, ce qui ne fut pas toujours facile.

Développement rapide entre 1871 et 1918

Le nombre de protestants de Metz quadrupla en vingt ans. Comme la plupart des cadres francophones lorrains partirent, un grand nombre de fonctionnaires allemands, souvent protestants, furent envoyés à Metz. Ils étaient souvent luthériens ou venaient de l'Église unie de Prusse (où on avait réalisé en 1817 une union entre luthériens et réformés). Une importante aumônerie militaire accompagnait l'armée qui s'installa dans la garnison la plus occidentale de l'Empire.

Les infrastructures suivirent peu à peu : le temple de garnison fut inauguré en 1881. La tradition messine était réformée, mais l'aumônerie militaire était de style • uni ». Un groupe de luthériens créa une paroisse luthérienne et construisit un temple, rue Mazelle, en 1892. Les paroisses réformées de Montigny-les-Metz, Plantières-Sablon (actuellement Queuleu) et Longeville-les-Metz furent organisées peu après. La paroisse réformée principale, à l'étroit aux Trinitaires, ne put inaugurer le Temple Neuf qu'en 1904. Les cultes se faisaient en allemand, mais un culte en français fut célébré jusqu'en 1914, date à laquelle le gouvernement l'interdit.

Longtemps autonome, le consistoire réformé envisagea un moment son rattachement à l'Église luthérienne, avant de se décider pour l'Église Réformée d'Alsace et de Lorraine, dont elle rejoignit le Synode quand il fut créé officieusement en mai 1903, tout en réservant aux paroisses du consistoire qui le souhaitaient, le droit de s'appeler« Evangelisch» au lieu de «Reformiert ». Cette participation devint officielle en juin 1905.

Sous l'impulsion de l'aumônier militaire Carsted, qui a fait appel au soutien du «Gustav-Adolf-Verein », des cultes furent organisés dans la région de Thionville, Moyeuvre-Grande, Hayange, Audun-le-Tiche, où l'industrie attirait les immigrants. Des paroisses y furent fondées. Des temples s'élevèrent en beaucoup d'endroits, souvent destinés à la fois aux civils et aux militaires. La plupart des pasteurs étaient d'origine allemande.

En même temps on essaya de répondre aux problèmes sociaux créés par l'arrivée massive d'immigrants. Les aumôniers militaires Stoecker et Tube créèrent toute une série d'œuvres et institutions pour les ouvriers, les jeunes filles, les enfants abandonnés. En 1908 fut achevée la construction d'un grand bâtiment pour la Mission Intérieure.

Le protestantisme du 19e siècle et ses immeubles

LA CHAPELLE DES TRINITAIRES, rue du Haut Poirier - rue des Trinitaires. Elle fut donnée aux protestants en 1803 pour y célébrer le culte et servit pendant un siècle. À partir de 1871, elle devint trop petite et les protestants allemands la trouvaient trop modeste. Le temple de garnison, construit en 1881, moins austère, attira beaucoup de protestants de langue allemande, surtout pour les enterrements et les mariages, au grand mécontentement des pasteurs civils. Le culte français fut célébré aux Trinitaires jusqu'à l'achèvement du Temple Neuf. La chapelle fut ensuite déclassée et utilisée comme caserne des pompiers. On y voit des restes d'inscriptions datant de l'usage cultuel réformé. Elle est destinée à compléter le Musée de Metz.

LE TEMPLE DE GARNISON rue Belle Isle Cet immense édifice néogothique de 2 000 places fut inauguré en 1881. Sa construction suscita de vives polémiques parmi les catholiques messins. Il devait servir pour les militaires et les civils auxquels on avait réservé 400 places. En fait, les civils pouvaient assister aux cultes célébrés par les aumôniers militaires, les pasteurs civils n'en présidaient pas. À partir de 1918, ce temple ne fut plus utilisé. Quelques fêtes y eurent lieu entre les deux guerres. Il brûla en 1946, le jour où le conseil municipal de Metz devait décider de l'avenir de l'édifice fortement endommagé par la guerre.

La nef fut démolie, la flèche fut conservée et sauvegardée.

LE TEMPLE-NEUF, place de la Comédie, sur l'îlot entre les deux bras de la Moselle. Il fut inauguré en 1904, après de longues discussions sur son utilité, son emplacement et son financement. De style néo-roman, il s'inspire de la cathédrale othonienne de Spire. Les chapiteaux des colonnes du portail représentent les quatre évangélistes entourant l'agneau. La chaire est décorée des Tables de la Loi, selon la coutume réformée ancienne. L'orgue de 52 jeux a été construit par le facteur d'orgues Muhleisen. Les vitraux du fond proviennent de l'hospice SaintNicolas et ont été mis en place dans les années 1990.

L'ÉGLISE LUTHÉRIENNE rue Mazelle. Ne trouvant pas de place entre la paroisse réformée et les «unis », un groupe de luthériens se réunit en 1891 pour célébrer un culte à la «Herberge zur Heimat». Le pasteur Paul Auguste Wagner arriva à Metz en 1892, soutenu par la Société luthérienne d'Alsace. Le succès fut tel qu'on dut trouver rapidement une salle plus vaste dans un restaurant. Sous l'impulsion de l'ingénieur Harney, on décida de construire une église luthérienne. Le bâtiment fut inauguré en 1893. Coincée entre les maisons, cette église reçoit la lumière par la verrière du toit et le vitrail du chœur. L'orgue fut reconstruit par Gaston Kern dans les années 1970.

LE TEMPLE DE OUEULEU rue du Roi Albert. Ce temple aussi était destiné à la fois aux civils et aux militaires à partir de 1905. À remarquer, devant l'entrée, une représentation du Christ qui bénit les fidèles, alors que les tympans portent des symboles eucharistiques (épis et raisins). L'orgue, placé sur la tribune au-dessus de l'autel, comme à Montigny, fut offert à la paroisse par un fidèle en 1988.

LE TEMPLE DE MONTIGNY rue de Pont-à-Mousson. Il servit pour les militaires et les civils à partir de 1894. Cette paroisse faisait partie du consistoire réformé et accueillait beaucoup de luthériens venus d'Alsace pour travailler au chemin de fer. On a veillé à ce que l'architecture néogothique convienne à tous. Un crucifix et des cierges se trouvaient sur l'autel jusque vers 1985. Les quatre évangélistes dont les symboles sont peints sous la tribune rappellent la prééminence de la Parole. L'immense crucifix placé sur le mur du fond provient du temple de garnison. L'orgue a été construit en 1987.

LE TEMPLE DE LONGEVILLE rue du Général de Gaulle. Il fut inauguré en 1908 et construit selon les principes liturgiques développés par Frédéric Spitta, un théologien strasbourgeois. Il était destiné aux civils et aux militaires; l'organisation de la tribune et des bancs permettait de séparer les publics. On ignore la signification exacte des deux petites têtes de «putti» qui regardent les fidèles, mais on pense qu'ils rappellent ceux qui, anonymes, ont vécu leur foi pendant les siècles.

LE TEMPLE D'ARS-SUR MOSELLE rue Wilson Ce temple fut construit en 1912 avec l'aide du Gustav-Adolf-Verein. Les cloches ont été offertes par l'empereur. À voir: plafond voûté en bois et petit vitrail avec une tête de Christ originale.

COURCELLES-CHAUSSY En 1562, il y avait déjà une centaine de protestants. Leurs cultes étaient célébrés d'abord dans l'ancien château, puis dans un temple construit à proximité. La situation changea à la Révocation de l'Édit de Nantes* : le temple fut détruit et le pasteur exilé. Après la Révolution, les protestants s'assemblèrent pour le culte dans la maison Riche, 60 rue Mal Leclerc. Par la suite, ils ont réussi à acquérir dans l'ancien château du seigneur (maison de Clervant) deux pièces réservées, l'une au culte, l'autre à l'école. Le projet de construction d'un temple fut soumis au consistoire de Metz le 26 avril 1824. Il fut érigé selon le strict style réformé français au bout du village, un peu plus haut que le château. En 1893, l'empereur Guillaume Il, qui avait acquis à Courcelles le château d'Urville (actuel lycée agricole), y assista au culte. Il trouva le local par trop modeste et fit construire un nouveau temple sur sa cassette personnelle. Il en confia la conception et la réalisation à l'architecte Paul Tornow. Le bâtiment fut inauguré le 17 octobre 1895 par l'empereur, accompagné de l'impératrice, ainsi que des autorités civiles et militaires. On a choisi le style néogothique sur un plan en croix grecque.

L'extérieur, avec son clocher en façade et ses fenêtres diverses, reste sobre. L'intérieur est décoré de boiseries soigneusement travaillées.

Des tribunes en bois furent installées dans les bras de la croisée pour accueillir l'affluence lors des visites impériales. L'empereur disposait de sa propre entrée, près du chœur, pour accéder à sa loge décorée de motifs impériaux.

BOULAY La création de l'usine d'outils Somborn en 1820 a fait venir à Boulay des ouvriers de Westphalie, en majorité protestants. La paroisse, née en 1825, desservie d'abord par les pasteurs de Metz, ensuite annexe de Courcelles-Chaussy à partir de 1841, devient autonome en 1907. Depuis 1982, elle est de nouveau rattachée à Courcelles.

Le temple, de style néo-gothique (rue de Saint-Avold), inauguré en 1884, reçoit un orgue Haerpfer et Spamann en 1905. En 1939-40 les cultes y accueillent les militaires de la ligne Maginot. Après la guerre, en 1945/46, les protestants y accueillent aussi la communauté israélite dont la synagogue avait été détruite par les nazis en 1941.

BOUZONVILLE Le protestantisme n'apparaît à Bouzonville qu'après 1870. En 1911, on veut y construire un temple, mais la communauté se réduit considérablement par le départ des Allemands après 1918. Le projet de construction est donc ajourné et les cultes continuent à être célébrés dans une salle de la mairie. Le terrain prévu est revendu en 1922. En 1950, les protestants de Bouzonville acceptent une proposition venant de la paroisse de Rauwiller qui venait de reconstruire son temple. Celle-ci n'avait plus besoin de la chapelle en bois qu'elle avait reçue d'un organisme suisse après la guerre. Les protestants de Bouzonville remontèrent donc chez eux cette belle construction préfabriquée, tout en bois verni, qui est toujours utilisée aujourd'hui.

Le 20e siècle

La guerre et la rupture de 1918

Bien que Metz ait été éloignée du front, la guerre de 1914-18 y provoqua un important mouvement de troupes, puisque tout ce qui montait au front, hommes et matériel, passait par cette immense garnison. La propagande militaire sévissait partout. Les blessés remplissaient les hôpitaux. Pour les protestants, la fin de la guerre et l'arrivée des Français renversèrent la situation créée 50 ans auparavant. L'historien Yves Le Moigne a affirmé que pour les protestants messins, ce fut «une deuxième révocation de l'Édit de Nantes*».

L'administration française expulsa tous les pasteurs d'origine allemande. Ils furent remplacés par des Suisses, des Alsaciens ou par des Français ne connaissant parfois pas l'allemand. Les militaires partirent tous, ainsi que beaucoup de fonctionnaires. Des milliers de personnes d'origine allemande furent expulsés à partir de 1919. Les paroisses protestantes s'effondrèrent démographiquement: le nombre de membres y fut souvent divisé par 4 ou 5. Des lieux de culte, comme la chapelle d'Amanvillers, disparurent. Le pasteur Charles Frédéric Hoffet, de Courcelles-Chaussy, que les Allemands avaient écarté en 1916, redevint président du consistoire réformé.

Des Alsaciens vinrent travailler dans l'administration et l'industrie à partir de 1919. Ils ont transformé le protestantisme mosellan, qui comptait auparavant des cadres et des fonctionnaires, en une église populaire et ouvrière. Quelques familles réformées anciennement établies réussirent à sauver les œuvres protestantes dont l'administration française voulait mettre les bâtiments sous séquestre pour les revendre: l'orphelinat St Jean, l'Hôpital Belle Isle, la Mission Intérieure, le Foyer de la Jeune Fille et l'École ménagère. Cette époque fut difficile pour un protestantisme socialement et démographiquement affaibli, au sein d'une population où la propagande identifiait les français aux catholiques et les allemands aux protestants. L'industrie avait besoin de main d'œuvre et des paroisses nouvelles furent créées ou développées : Hagondange, Yutz et Amnéville.

La seconde moitié du 20e siècle

En 1940 commença une nouvelle annexion: Metz et la Moselle firent partie de l'entité administrative appelée «Gau Westmark », avec la Sarre et le Palatinat. L'Église fut séparée de État. Les Églises protestantes de Moselle furent détachées de l'ECAAL* et de l'ERAL* et rattachées à l'Église protestante du Palatinat, dont le siège se trouvait à Spire. Quelques pasteurs restèrent en place (Édouard Henri Wieger, rue Mazelle, Alfred Émile Auguste Eck et Edgar Alfred Braun au Temp/eNeuf, Adolphe Bloch à Montigny). Ils devaient desservir plusieurs paroisses devenues vacantes.

La fin de la guerre fut terrible: l'armée américaine a mis deux mois, du 27 septembre au 21 novembre 1944 pour reconquérir Metz, causant beaucoup de destructions.

Après la libération, les protestants furent exposés à une épuration pas toujours objective à leur égard. L'équation «protestants = allemands» réapparut avec force. La famille Frantz, le pasteur Alfred Griesbeck et d'autres sont intervenus pour que les accusations injustes contre des personnes n'aboutissent pas et pour que les bâtiments ne soient pas pris aux protestants pour être donnés à d'autres.

Le développement industriel rapide des années 1950 s'est accompagné de besoins sociaux auxquels tous ont essayé de répondre: les protestants y ont apporté leur contribution en développant les œuvres. En même temps, ils ont essayé de trouver leur place dans la ville, tâche que facilita l'ouverture œcuménique catholique après Vatican II. Les essais pour surmonter l'émiettement du protestantisme messin en paroisses assez hétérogènes ont abouti à la création d'un «Conseil Protestant de la Région Messine» (CPRM) dans les années 1980.

Les œuvres protestantes

LA FONDATION SAINT-JEAN

6 rue du Général Metman à Metzlès-Bordes. L'annexion de 1871 ayant attiré nombre d'aventuriers, divers probles surgirent, entre autres celui des enfants abandonnés par leurs parents. Comme les orphelinats existants refusaient d'accueillir ces «étrangers », l'aumônier militaire Tube réunit en février 1881 un groupe de personnes en vue de créer un orphelinat. On put acquérir sur la route de Sarrebruck une ancienne maison de maître transformée en café et dégradée par la guerre. Le 30 décembre 1881 s'ouvrit, avec deux enfants, la Fondation Saint-Jean. On y ajouta une maison pour les filles, une infirmerie, une maison pour apprentis et même un petit cimetière. En 1890 fut construit le bâtiment principal (Vaterhaus), avec une chapelle qui servit quelque temps aux cultes des protestants des villages environnants.

Après 1918, l'institution continua à exister, soutenue par l'ensemble des protestants de Moselle qui recevaient régulièrement la visite d'un collecteur pour Saint-Jean. Actuellement, l'œuvre accueille des enfants en difficulté, parfois des fratries entières, dans un triple but: les accompagner pendant le temps 264 où ils sont séparés de leur famille, assurer leur scolarité et leur formation dans les écoles de Metz et favoriser leur entrée dans la vie adulte par l'apprentissage de l'autonomie, selon un projet de vie élaboré avec les jeunes.

L'HÔPITAL BELLE ISLE rue Belle Isle

L'histoire de cette œuvre commence au 13 en Jurue où fut créé en 1873, avec des diaconesses de Stuttgart, un centre de soins avec quelques lits d'hôpital. On lui donna le nom de «Fondation de Mathilde» en souvenir de la comtesse Mathilde von Arnim Boitzenburg qui participa activement au financement et à l'animation de l'œuvre. En 1889 fut inauguré le nouveau bâtiment, rue Belle Isle, derrière le temple de garnison. Il était désormais entre les mains des sœurs de Bethel (Bielefeld en Westphalie). Après 1918, il devint l'hôpital protestant de Metz. Pendant la seconde moitié du 20' siècle, l'ancien bâtiment fut agrandi par de nouvelles constructions et il se spécialisa entre autres dans l'orthopédie et la rééducation fonctionnelle.

LA VACQUINIÈRE

Rue de Gaulle à Montigny. Cette œuvre aussi eut son origine au 13 en Jurue à Metz: après le départ de l'hôpital on y créa sous le nom de «Fondation de Marthe» un centre d'accueil pour jeunes filles. Il s'agissait d'aider les nombreuses jeunes filles venues comme servantes dans la ville : les loger lors du changement d'employeurs, les conseiller, accueillir jeunes filles et femmes en difficulté, offrir des occasions de rencontre et de formation le dimanche. Ultérieurement s'ouvrit une école ménagère. En 1894, l'œuvre déménagea à Montigny dans une propriété acquise par la fondation. L'école ménagère se dota d'un internat. En 1908, lorsque le bâtiment de la Mission Intérieure fut construit, la Fondation de Marthe quitta cette maison qui devint un hospice pour dames, accueillant des femmes seules et des jeunes filles. Ce fut l'origine de la maison de retraite actuelle. Après la seconde guerre mondiale, l'œuvre s'agrandit :

La «Résidence du Canal », un foyer - logements et le nouveau bâtiment de la maison de retraite furent construits. Les agrandissements des années 1980-90 furent réalisés dans le respect de l'architecture initiale avec la pierre jaune et le crépi couleur sable.

LA MISSION INTÉRIEURE rue Mozart

Le projet initial prévoyait ici un complexe immobilier important pour loger toutes les œuvres de la Mission Intérieure, mises en place pendant l'annexion : Union Chrétienne de Jeunes Filles et de Jeunes Gens, Foyer pour soldats, Cuisine populaire, Mission urbaine etc. Le bâtiment fut inauguré en 1908. Il accueillit la «Fondation de Marthe» qui devint le Foyer de la jeune fille pour jeunes travailleuses. On y réalisa un «hospice chrétien» et une salle de spectacle pour les Unions Chrétiennes.

Pendant et après les guerres, les locaux connurent des affectations diverses: hôpital militaire, internat du lycée de jeunes filles, logements, bureaux, etc. Actuellement, le Foyer Mozart occupe la partie donnant sur la rue Mozart et le reste sert à la Mission Intérieure de Metz, appelée actuellement EPRA (Espace Protestant de Rencontre et d'Animation) pour diverses activités culturelles.

Le bâtiment, mélange de néogothique et de «Jugendstil» devait participer à la jonction urbanistique entre Metz et Montigny.




Personnalités

Paul Ferry (1591-1668). Descendant d'une grande famille messine (un de ses aïeux aurait été maître échevin en 1247), il est le fils de Jacques Ferry, gouverneur de l'hôpital Saint-Nicolas, et d'Élisabeth Joly. Il est né le 24 février 1591 dans la maison faisant face au 91 en Fournirue. Élève brillant, il fit des études à La Rochelle et à Montauban où il publia son premier livre. Il devint pasteur à Metz en 1611 et épousa en 1613 au temple de la Horgne Esther de Vigneulles. Sa maison se trouve à Plappeville.

Il écrivit plusieurs ouvrages, dont un «Catéchisme général de la Réformation », un traité sur la sainte cène et un ouvrage sur la réconciliation entre luthériens et réformés. Une œuvre manuscrite monumentale, «Les observations séculaires» retrace l'histoire de Metz et de sa région. C'est une mine de renseignements. Pour montrer que les protestants ont aussi une sorte de «succession apostolique », il établit les listes des pasteurs des diverses paroisses. Il rencontra régulièrement Bossuet, alors chanoine à Metz, pour essayer la réconciliation entre les confessions, malheureusement sans résultat positif.

En ce temps de controverses, il eut à subir les diatribes et un essai de conversion des jésuites pendant sa maladie en 1668. Il mourut en 1668, avant la Révocation de l'Édit de Nantes*.

  • Ancillon

Plusieurs membres de la famille Ancillon eurent un rôle important: Joseph Ancillon, avocat messin, écrivit une «Chronique de Metz ». Après la Révocation de l'Édit de Nantes', il devint «juge supérieur des Français» en Prusse jusqu'en 1699 où il démissionna. L'un de ses fils, Paul, fut médecin de l'hôpital fronçais de Berlin. David Ancillon, frère de Joseph, fut pasteur à Metz à partir des années 1640. Il publia une vie de Farel et entra dans la controverse avec les Jésuites. Il dut quitter Metz au surlendemain de la Révocation et devint pasteur de l'Église française à Berlin. Charles Ancillon, fils de David, juriste, a écrit un traité sur «L'irrévocabilité de l'Édit de Nantes ». Il devint aussi juge des Français à Berlin à partir de 1699.

Les tombeaux de cette famille, ainsi que d'autres se trouvent au cimetière huguenot de Berlin.

  • Marie Dubois.

Cette jeune fille protestante tenta d'échapper à la persécution en 1686 en fuyant vers la Sarre par Courcelles-Chaussy. Elle y fut arrêtée par les dragons. Elle tenta un deuxième essai, début 1687, cachée dans un tonneau, mais la tentative échoua dans la forêt de Hombourg. Tondue et enfermée à vie dans le couvent des Ursulines au bord de la Moselle (actuellement Lycée Fabert), elle réussit à s'enfuir en août 1687 par une nuit d'orage, traversa la rivière et, déguisée en valet de ferme, atteignit Liège sous la conduite d'un passeur qui ignorait son identité. Elle s'établit à Kassel, d'où elle raconta son aventure dans une lettre adressée au pasteur Jurieu. En son souvenir fut créé un «Sentier des Huguenots» qui défie les frontières.

  • Adolphe Stoecker (1833-1909)

Il devint l'aumônier protestant de la garnison de Metz en octobre 1871. Les cultes militaires protestants se déroulaient dans la salle de sports de l'école militaire de la rue d'Asfeld. Stoecker s'adressa à l'impératrice Victoria en vue de construire une église de garnison. Il présidait les cultes, célébrait des enterrements, visitait les malades dans les hôpitaux militaires et participait aux inaugurations des monuments dressés autour de Metz par les régiments allemands qui avaient assiégé la ville en 1870. Attentif aux problèmes créés par l'arrivée des immigrants : familles de militaires, fonctionnaires, ouvriers et aventuriers attirés par les possibilités offertes dans cette ville nouvellement annexée, il entreprit la création de diverses œuvres à dimension sociale : - le Foyer de l'ouvrier, situé • en Jurue» en 1874 pour accueillir les jeunes ouvriers venus travailler à Metz. (appelé "Herberge zur Heimat" ce foyer fut animé par M. Langermann. Après 1918 il fut confié à l'Armée du Salut*). On y adjoignit une "Association chrétienne de jeunes gens". - un Diaconat pour soigner les malades, avec un petit hôpital fut créé en 1874. Friedrich von Bodelschwingh, qui avait été le premier aumônier militaire protestant de Metz en octobre 1870, y envoya plus tard les diaconesses de Bielefeld. - une soupe populaire, créée en 1874. - en 1872, il ouvrit une École supérieure pour jeunes filles où il enseigna lui-même. En automne 1874, il fut appelé à Berlin comme prédicateur de la cour. Son collègue Tube fut à l'origine de la création de la Fondation Saint-Jean.

  • La famille Frantz. Originaire de la région de Sarrewerden, la famille Frantz a joué, pendant deux générations, un rôle important dans le protestantisme messin.

Émile Frantz (1865-1953) fut médecin de l'Hôpital Belle Isle de 1896 à 1932. En 1918, revenu de la guerre qu'il a dû faire sous l'uniforme allemand, il s'est engagé pour que l'hôpital Belle Isle (comme d'ailleurs celui de Ste. Blandine) ne soit pas mis sous séquestre comme «bien allemand ». Robert Frantz (1899-1956), fils d'Émile, fut lui aussi médecin à Belle Isle de 1932 à 1939. Après avoir travaillé à l'hôpital d'Argenteuil pendant l'occupation, il revint à Belle Isle. Il fut ensuite président du syndicat des médecins de Moselle. Après 1945, son engagement permit de faire redémarrer les œuvres protestantes.

Geneviève Frantz (1905-1990), née Jordan, épouse de Robert Frantz, fut, entre 1936 et 1985, présidente des «Œuvres Sociales du Temple Neuf ». En 1945, elle prit la présidence de l'orphelinat St.Jean, puis, en 1954, celle de la maison de retraite de la Vacquinière pour laquelle elle avait participé à la création en 1945. Elle s'est engagée pour Belle Isle, pour le Foyer de la Jeune Fille, devenu Foyer Mozart .. Présidente de plusieurs œuvres sociales, elle mit, après la guerre, sa clairvoyance et son énergie au service de l'action sociale dans la région messine.

Alfred Griesbeck (1921-1976). Originaire de Bischheim, il fit ses études de théologie à Strasbourg et à Clermont-Ferrand, où l'université strasbourgeoise avait été transférée. Il fut pasteur à l'Union Alsacienne de Paris et vint à la paroisse luthérienne de Metz en 1947. A partir de 1950, il fut aussi aumônier militaire régional. Grand musicien, il participa à la création de l'Association Lorraine des Amis de la Musique (ALAM). Il s'engagea aussi dans le domaine social en animant la construction d'un lotissement et de logements collectifs pour des paroissiens mal logés (route de Sarrebruck). Il a présidé la Mission Intérieure, ainsi que la colonie de vacances «Schorbach» dans le pays de Bitche.


Bibliographie

Protestants d'Alsace et de Moselle : lieux de mémoire et de vie / sous la dir. d'Antoine Pfeiffer.- Ingersheim : Saep ; Strasbourg : Oberlin, 2006

Voir aussi

  • Article principal sur Metz

Paroisses messines