Mulhouse

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Quinze années décisives pour Mulhouse, république protestante

Mulhouse, ville libre, entra dans la Confédération helvétique en 1515, ce que rappellent les armoiries des cantons et villes alliées peintes sur la façade de l'Hôtel de ville. Il y a alors à Mulhouse quatre églises, dont celle centrale, Saint-Étienne, et trois couvents. L'Église de Mulhouse est soumise à l'évêché de Bâle.

Les trois artisans du mouvement de la Réforme sont: un prêtre, Augustin Kraemer dit Gschmus, un prieur très estimé, Nicolas Prugner. et un greffier-syndic, Jean Oswald Gamsharst, représentant la bourgeoisie, qui fit, lors d'un voyage à Rome, la même expérience décevante que Luther. Le troisième a trente-cinq ans au moment des faits, les deux autres vingt-cinq ans.

"Mulhouse revendique, preuve à l'appui, le privilège d'avoir été la première ville d'Alsace dans laquelle le culte réformé fut introduit. La transformation fut opérée rapidement, facilement et sans heurts. L'introduction de la Réforme à Mulhouse a été l'œuvre des Mulhousiens eux-mêmes; elle s'y est accomplie sans le concours de réformateurs étrangers et ne lui a pas été imposée. Elle a été le fruit de la collaboration éclairée et féconde entre les chefs de la bourgeoisie et les deux réformateurs qui, l'un en sa qualité de chapelain de Saint-Étienne, l'autre comme prieur des Augustins, résidaient dans la ville avant que le mouvement réformateur ne se dessinât. La Réforme a pris à Mulhouse, dès le départ, le caractère et les formes d'une institution définitive et durable, un caractère prononcé au pOint de décourager d'avance toute tentative de contre-réforme, et des formes qui ne tardèrent pas à développer leur rigidité jusqu'à l'intolérance et l'exclusivité à l'égard de tout culte autre que le culte réformé" (Marcel Maeder : Notes sur la Réforme à Mulhouse, 1928). Il est regrettable qu'aucune rue de Mulhouse ne pérennise le souvenir de ces hommes remarquables.

Les thèses de Luther ayant été lues et discutées dès 1518, Prugner ayant annoncé publiquement l'évangile dans son couvent et ayant invité Ulrich von Hutten pendant un trimestre en 1523, deux édits du Magistrat de la même année vont marquer le point de départ de la Réforme : un édit sur la prédication de la Parole de Dieu ("nos prêtres et clercs ... n'enseigneront et n'annonceront que le Saint Évangile et la doctrine du Christ... ") et l'ordonnance relative à la moralité publique (les jurements, l'ivrognerie, l'adultère). Des encouragements arrivent de Capiton, de Zwingli et d'Oecolampade, et la cause de l'Évangile sera quasiment gagnée par la nomination, fin 1524, d'un bourgmestre partisan convaincu de la Réforme. Néanmoins, les Mulhousiens ne souscrivent pas sans discussions aux conclusions de différents colloques, même à celui de Berne qui abolit la messe. Mais le 15 février 1529, le Grand conseil décide d'abolir définitivement la messe, ce que Bâle venait de faire six jours avant.

Ce fait créera une situation tendue entre Mulhouse et l'administration habsbourgeoise d'Ensisheim. Bâle édicte une confession de foi en 1534 ; Mulhouse l'adoptera, à deux articles près, en 1537 .

"En l'espace de quinze ans, les conditions de vie morale et spirituelle des Mulhousiens ont subi une transformation radicale. Le Magistrat n'a pas craint de se charger de toutes les responsabilités, et c'est lui désormais qui statue, non seulement en matière temporelle, mais également religieuse. Il apparaÎtra bientôt que la Réforme a imprimé à la République de Mulhouse un caractère absolument propre qu'elle conseNera intégralement pendant plusieurs siècles."

Le développement industriel

Plus tard, et surtout à partir de l'ouverture de manufactures d'indiennes en 1746, la bourgeoisie mulhousienne, confrontée à la concurrence étrangère, entamera un mouvement rapide qui, en quatre générations, fera d'entrepreneurs austères, économes, mais audacieux, des ingénieurs réputés, des intellectuels et des artistes de grande renommée.

Mulhouse resta une ville exclusivement réformée, mais accueillante aux réfugiés.

Cette république enclavée dans le royaume de France depuis 1648, vivant en apparente démocratie, sans noblesse à privilèges ni peuple opprimé, ne connut rien de la période mouvementée et sanglante de la Révolution française: ni terreur; ni guillotine, ni martèlement de statues, ni temple de la Raison.

Il est vrai que le Siècle des Lumières avait provoqué l'ouverture à l'esprit nouveau et l'effervescence de la pensée, notamment chez les jeunes générations, parfaitement bilingues, qui contestaient, en clubs patriotiques, l'autorité publique et religieuse de l'aristocratie industrielle et commerçante, conservatrice en matière d'indépendance et qu'incarnait le vieux greffier-syndic Josué Hofer; en poste depuis un demi-siècle. En fait, l'idéal révolutionnaire se borna - si l'on peut simplifier ainsi à une lutte entre deux conceptions de la démocratie, celle du progrès par l'intégration à la France et celle du conservatisme jaloux.

L'étude de la déclaration des Droits de l'homme parvint à rompre l'équilibre social et confessionnel de la cité, à tel point que le pasteur Maeder écrit dans une des nombreuses lettres échangées avec l'abbé Grégoire, que la déchristianisation gagne la population et que naÎt un sentiment nouveau, l'individualisme.

Le traité de Réunion de 1798 donna le coup de grâce à tout ce qui faisait l'originalité de la République de Mulhouse. Elle cessera d'être la cité réformée. Son intégration politique, administrative, monétaire et sociale à la Nation française sera totale.

La Révolution française introduit la liberté de conscience. Les catholiques et les juifs auront donc leur place à Mulhouse. Toutefois, le temple Saint-Étienne gardera son nom et restera lieu du culte réformé, mais sera ouvert aux assemblées de la commune et aux fêtes nationales, ce qui ne représentait d'ailleurs rien de nouveau pour la population. Quant à "l'édifice connu sous le nom d'église française, (il) sera concédé à l'usage de tous les cultes". L'introduction du nouveau calendrier apporta douleur et tristesse : plus de dimanches, plus de jours de fêtes religieux, interdiction de sonner les cloches ... Les fonctions des pasteurs dans l'instruction publique sont maintenues et protégées.

L'industrie tertiaire liée au coton (bourse, courtage, assurances, dessins textiles) va s'épanouir au 19ème siècle et les patrons vont meubler la ville de résidences luxueuses : 14 avenue Clémenceau (villa Mans), 6 rue Sainte-Catherine (villa Risler). L'ancienne usine Heilmann, rue Pierre et Marie Curie, sera transformée en hospice avant d'héberger les services municipaux administratifs.

Personnalités

Certaines grandes familles sont de vieille souche mulhousienne, les Dollfus, les Mieg, les Koechlin par exemple; d'autres sont des réfugiés français qui se fixèrent à Mulhouse après la Révocation de l'Édit de Nantes* (1685), telles les Huguenin, les Thierry, les Schmaltzer.

Josué Hofer (1721-1798). Les Hofer se distinguent dans la politique (six bourgmestres), la botanique, la minéralogie. Josué, père de sept enfants, fut greffiersyndic de la République de Mulhouse pendant cinquante ans. Il négocia plusieurs accords Importants avec les cantons suisses; il obtint la permission conditionnelle d'introduire en France les produits de l'industrie mu/housienne. Bien qu'il mît tout en œuvre pour empêcher la réunion de Mulhouse à la France, il signa néanmoins le traité de Réunion de 1798 et mourut six mois après.

Les Dollfus fournirent six bourgmestres à la République puis six maires à la ville de Mulhouse ; ils eurent un rôle déterminant dans le développement industriel de Mulhouse et de l'Alsace. Ils promurent les cités ouvrières. Daniel Dollfus, ayant épousé une Mieg, fonda les fils de coton à coudre et à broder DMC. Il installa la première machine à vapeur à Mulhouse et chercha son charbon aux houillères de Ronchamp.

Les Koechlin tiennent une place importante dans l'industrie et les sciences, dans l'art et la politique. Ils envahissent ces domaines par leurs familles nombreuses : 17, puis 20 et encore 20 enfants (mais le minitel ne signale plus que deux Koechlin à Mulhouse en 2001 ). Le dictionnaire de biographie alsacienne recense 31 Koechlin.

Nicolas Koechlin (1781-1852). Député, conseiller générai, président de la Chambre de commerce, il installe l'éclairage au gaz, crée le « nouveau quartier ", fait construire la ligne de chemin de fer Mulhouse-Thann, puis Mulhouse-Strasbourg.

Les Englemann sont dessinateurs, lithographes et chromolithographes.

Les Mieg sont commerçants et industriels, archéologues et historiens, peintres aussi, mais se tiennent en dehors du monde politique (un seul Mieg sera maire après 1872).

Jean-Henri Lambert (1728-1777). Né à Mulhouse dans la maison sise 1 place Lambert, d'une famille huguenote* wallonne installée à Mulhouse depuis la guerre de Trente Ans, il fut un esprit universel de l'Aufklärung voyageant en Europe et se passionnant pour la physique, la chimie, la métallurgie, la religion (il faillit devenir pasteur), la musique, les sciences de la nature, la philosophie et surtout l'astronomie depuis qu'il avait vu passer une comète à l'âge de seize ans. Il établit une topographie de la Lune et de Mars. La cartographie retient son nom dans la projection Lambert. Il mourut à Berlin où Frédéric Il l'avait nommé membre de l'Académie.

Jean-Daniel Fischer (1914-1985). Pasteur à Saint-Étienne, puis démissionnaire d'un poste rémunéré au profit de la nomination d'un collègue, il s'est investi dès son arrivée dans l'évangélisation, la Croix bleue, l'action sociale auprès des marginaux et enfin dans le mouvement charismatique.

Voir aussi

Bibliographie

  • Protestants d'Alsace et de Moselle : lieux de mémoire et de vie / sous la dir. d'Antoine Pfeiffer.- Ingersheim : Saep ; Strasbourg : Oberlin, 2006

Liens internes

Vie associative

Paroisses

Voir aussi