Oecuménisme

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"La recherche d'une communion entre chrétiens et Eglises et du dépassement des séparations, de l'isolement et de l'autosuffisance sont une caractéristique de notre époque : les Eglises d'une seule et même famille confessionnelle découvrent de nouvelle manière qu'elles font partie d'un même ensemble, elles prennent conscience de leur responsabilité mutuelle, elles se rassemblent et dépassent ainsi les frontières nationales et politiques. Les Eglises de traditions et de confessions différentes recherchent l'unité par delà leurs séparations historiques."...

Historique

Première rencontre

En juin 1910, 1 200 délégués d’Eglises se sont retrouvés dans la ville écossaise d’Edimbourg pour la première grande conférence missionnaire mondiale. Toutes les grandes Eglises chrétiennes marquées par la Réforme du XVIe siècle ainsi que les Eglises issues de mouvements de réveil ultérieurs y furent officiellement représentées. Catholiques et orthodoxes n’y participaient pas.

Les raisons qui avaient provoqué cette rencontre furent en premier lieu les difficultés rencontrées dans le travail missionnaire mis en oeuvre dans d’autres continents par maintes sociétés missionnaires nord-américaines et européennes.

Un siècle plus tard cette première rencontre peut sembler avoir été une entreprise « colonialiste ». Elle en porte effectivement certaines marques : une prédominance occidentale, avant tout anglo-saxonne, réfléchissant à une meilleure manière de se repartir les champs missionnaires et soucieuse d’éviter des concurrences néfastes en certains pays où des sociétés, souvent issues d’une même famille chrétienne mais d’origines nationales différentes, étaient à l’oeuvre. Les grands absents furent les représentants des nouvelles Eglises autochtones – seuls 17 participants à Edimbourg en étaient directement issus. Cette situation, aujourd’hui inacceptable, correspondait cependant à l’époque et nous aurions tort d’interpréter cette première rencontre officielle à l’aune de nos critères contemporains.

Les motivations

La motivation qui avait provoqué Edimbourg fut ecclésiale et missionnaire. La plupart des délégués étaient marqués par les mouvements de réveil de la fin du XIXe siècle et avait à coeur une meilleure proclamation de l’Evangile de par le monde. Une prise de conscience spirituelle les motivait. La division de l’Eglise était perçue comme inacceptable car en contradiction avec la confession de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.

Conscients de la nécessité d’un renouveau et d’une conversion des Eglises établies, des chrétiens de diverses origines se rencontraient en divers pays dans des groupes de prière et de partage. Trois dimensions étaient centrales : l’exigence de l’unité dans le travail missionnaire, le témoignage commun face aux défis sociaux et la nécessité d’une confession de foi commune dépassant les clivages doctrinaux.

Les premiers mouvements vers l’unité

Les profonds changements sociaux liés à l’industrialisation et aux ouvertures internationales avaient engendré les premières initiatives oecuméniques au niveau local et national. Les premières traductions institutionnelles étaient apparues au cours du XIXe siècle.

La fondation de l’Alliance évangélique mondiale (1846) et du YMCA (Unions Chrétiennes des Jeunes Gens) (1855) avaient précédé les premières structurations de familles confessionnelles mondiales (Alliance des presbytériens, 1875 ; Conférence méthodiste mondiale 1881, Conseil international des Eglises congrégationalistes 1891, Alliance baptiste mondiale 1905). La conférence anglicane de Lambeth (1867) avait proposé dans le Chicago-Lambeth Quadrilateral (en 1888) 4 pivots pour une unité chrétienne plus large (Ecriture, confession de foi, sacrements et ministère épiscopal).

Première assemblée officiellement mandatée par les Eglises, la conférence missionnaire mondiale d’Edimbourg de 1910 est généralement comprise comme moment fondateur du mouvement oecuménique. A côté d’un travail théologique remarquable centré sur la compréhension que l’on avait alors de la mission, la conférence donnera naissance à plusieurs mouvements, qui marqueront le XXe siècle et l’ensemble du mouvement oecuménique :

  • Le courant missionnaire se structurera à travers diverses conférences internationales (Jérusalem 1928, Tambaram /Indes 1938, Whitby /Canada 1947).
  • Un mouvement pour la paix se constituera en Alliance mondiale en 1919 (Prague 1928)
  • Une branche majeure du mouvement oecuménique aura le souci de l’engagement commun des Eglises dans le champ de la justice sociale, de l’éthique et de l’engagement sociopolitique. Life and Work (Christianisme pratique) tiendra sa première conférence mondiale à Stockholm (1925), la seconde à Oxford (1937).
  • Les questions doctrinales relèveront du mouvement Faith and Order (Foi et Constitution) définitivement fondé en 1927 à Lausanne et consolidé à Edimbourg (1937).

Ces quatre courants seront à l’origine de la fondation du Conseil œcuménique des Eglises (COE) en 1948, même si le courant missionnaire ne l’intégrera définitivement qu’en 1961.

L’engagement des Eglises

A l’origine, le mouvement oecuménique relève d’abord de mouvements plus informels liés aux Eglises issues de la Réforme du XVIe siècle. La participation des autres Eglises institutionnalisées n’adviendra que progressivement. L’approche ecclésiologique des Eglises de la Réforme facilitait cette démarche. Tout en se comprenant elles-mêmes comme expressions pleines et véritables de l’unique Eglise du Christ, ces Eglises affirment que l’Eglise du Christ existe ailleurs sous d’autres formes ou traditions que la leur.

La division et la non-reconnaissance mutuelle des Eglises sont cependant inacceptables. Le souci des anglicans, luthériens, réformés, méthodistes, baptistes, etc., était double. Il fallait d'une part dépasser les controverses doctrinales qui avaient provoqué la division et par ailleurs trouver des formes communes d’engagement dans le travail missionnaire et au sein de la société en général. Tout en étant prudentes, les Eglises orthodoxes ont rapidement compris l’urgence du mouvement oecuménique. Dans une encyclique de 1920, le patriarcat de Constantinople souhaita une communion universelle des Eglises, ce qui entraîna une implication dans Christianisme pratique et Foi et Constitution. S’engageant sur la base des sept premiers conciles œcuméniques pour une vision conciliaire de l’Eglise une, les Eglises autocéphales orthodoxes ont toujours cherché le dialogue et la coopération avec d'autres communautés chrétiennes sans pour autant se prononcer quant à la qualité ecclésiale de ces dernières.

L’ensemble des Eglises de cette tradition rejoindra le COE en 1961 tout en maintenant diverses réserves et en marquant le cas échéant sa différence. L’Eglise catholique romaine sera plus réticente. Après avoir refusé toute idée d’œcuménisme (cf. l’encyclique de Léon XIII Satis cognitum en 1896 et celle de Pie XI Mortalium animos en 1928 interdisant tout contact avec le mouvement oecuménique naissant) cette tradition opère une conversion à l’oecuménisme lors du Concile Vatican II (1962-1965) qui adopte un décret sur l’oecuménisme (Unitatis redintegratio). Tout en insistant sur l’unicité de l'Eglise catholique unie au pape, la seule Eglise en plénitude, le concile propose la prière commune, le dialogue doctrinal en vue d’une meilleure connaissance réciproque et du rétablissement de l’unité ainsi qu'une collaboration dans le service en ce monde (UR 4 à 12). Elle n’adhèrera pas au COE, mais sera membre de la branche Foi et Constitution et se dotera d’un secrétariat chargé de l’unité des chrétiens (ultérieurement Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens).

Le développement dans la seconde moitié du XXe siècle

Après 1945, le mouvement oecuménique connaît un essor impressionnant. Toutes les Eglises soulignant la nécessité de prières et de cultes communs (ainsi la semaine de prière pour l’unité connue dès 1908), les célébrations et rencontres oecuméniques sont devenus courantes et fréquentes dans les communautés locales. Ce travail est porté par la conviction que l’unité de l’Eglise est d’abord l’oeuvre de l’Esprit Saint, une réalité spirituelle donnée par Dieu.

Au niveau régional et national, voire à l’échelle des continents, des conseils d’Eglises sont institués en de nombreux pays. Des traductions de la Bible communes à toutes les Eglises d’une entité linguistique ont été réalisées. En de nombreux lieux, la recherche et la formation des théologiens se font en étroite coopération. Au niveau mondial, l’expression majeure du mouvement oecuménique est le COE (Conseil oecuménique des Eglises). Christianisme pratique et Foi et Constitution ont été les acteurs majeurs de sa fondation à Amsterdam en 1948.

Fédérant à l’origine 145 Eglises, il compte aujourd’hui plus de 320 Eglises membres. Il est le lieu du travail oecuménique multilatéral où des partenaires d’origines et de poids différents s’engagent ensemble dans la recherche de l’unité, d’un témoignage et d’un service communs. Reconnu comme « organisation non gouvernementale », le COE est au niveau mondial un partenaire internationalement accepté. A côté du travail de recherche d’un consensus doctrinal entre Eglises (cf. le travail de Foi et Constitution qui a conduit au texte de Lima – Baptême Eucharistie Ministère en 1981), a été développé un large réseau de témoignage et d’entraide sociale, en premier lieu à destination des Eglises des pays émergents. L’accent est mis sur la recherche de la justice et de la paix, d’aide aux réfugiés, de lutte contre l’exclusion, de l’éducation et du renouveau tant au niveau international qu’au niveau des continents et des pays.

Son poids politique est significatif et l’on peut citer comme exemple sa contribution significative à la fin du régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Parallèlement au travail du COE, s’est développé, surtout après l’entrée de l’Eglise catholique en oecuménisme, le travail bilatéral. Les confessions chrétiennes des diverses traditions se sont constituées en Communions chrétiennes mondiales qui se comprennent comme Eglises au niveau mondial (Communion Anglicane, Fédération Luthérienne Mondiale, Conseil Méthodiste Mondial) ou comme fédérations d’Eglises d’une même tradition (Communion mondiale d'Eglises réformées)[1] ou Alliance Baptiste Mondiale.

A côté des services d’entraide et de développement que ces communions ont mis en place généralement en étroite coopération avec le COE, ces Eglises se sont engagées dans des dialogues théologiques bilatéraux qui ont conduit à un corpus important de documents d’accord qui va bien au-delà des convergences proposées par Foi et Constitution. Entre familles anglicanes, luthériennes, méthodistes et réformées, ces conclusions ont, en de nombreux pays, permis la signature de déclarations de communion et de reconnaissance mutuelle mettant un terme à la division. Même l’Eglise catholique s’est jointe à cette démarche en signant des accords doctrinaux avec les Eglises pré-chalcédoniennes et aussi avec les Eglises luthériennes à propos de la compréhension du salut (1999), mettant ainsi un terme aux condamnations réciproques prononcées dans l’histoire. Le travail multilatéral a souvent été opposé aux efforts bilatéraux. Au sein du COE, certains souhaitaient parvenir à une « communauté conciliaire » remplaçant les traditions confessionnelles historiques. Même si la complémentarité est aujourd’hui admise, la question du modèle d’unité demeure posée.

Défis actuels

Il était important de rappeler en quelques grandes lignes les grands développements issus de la Conférence Missionnaire d’Edimbourg en 1910. On ne saurait sous-estimer l’impact de la vision spirituelle et oecuménique qui a été celle de ces pionniers. Il n’en demeure pas moins qu’un délégué d’Edimbourg 1910 visitant l’oecuménisme contemporain serait fort surpris par une situation qui n’a plus grand-chose en commun avec la sienne. Les paradigmes sont autres, même si l’intention spirituelle et le souci de l’unité demeurent. Les avancées indéniables et nombreuses sont, en de début du XXIe siècle, aussi porteurs de défis qui sont autant de menaces pour l’avenir du mouvement. Citons en conclusion quelques-uns des défis majeurs qui nous distinguent du début du XXe siècle :

  • La participation croissante des Eglises des pays dits du tiers monde est un succès majeur du mouvement oecuménique. Nous prenons davantage conscience que la justice sociale, l’éducation, la lutte contre le racisme et l’exclusion des minorités sont souvent les obstacles majeurs à l’unité non seulement des Eglises mais de l’humanité. En veillant à une meilleure représentativité et en modifiant ses priorités, le mouvement oecuménique relève ce défi mais cette percée provoque aussi un désintérêt de ceux dont la visée oecuménique était avant tout le consensus doctrinal en vue d’une communion d’Eglises.
  • Une donnée nouvelle de ces dernières années est l’émergence de nombreux groupes plus informels et locaux à orientation pentecôtiste (sans cependant pouvoir être identifiés au pentecôtisme historique). Ces groupes comptent, en de nombreux lieux, plus de croyants que les Eglises traditionnelles. Leur coopération au sein du mouvement oecuménique s’avère difficile, vu leur intérêt réduit pour toute dimension ecclésiale dépassant le contexte local ou régional. Edimbourg ne connaissait que des mouvements fortement insérés dans des Eglises et organisations très structurées.
  • Entre Eglises traditionnelles, le mouvement oecuménique a permis de dépasser les oppositions historiques. Edimbourg ne pouvait que rêver de pareille évolution, qui, d’une certaine manière, accomplit les attentes alors exprimées. Aujourd’hui il s’agit de recevoir les acquis des dialogues et cette réception des acquis n’intervient que timidement. Certains se contentent d’une coopération fraternelle et pacifique dans la séparation, d’autres souhaitent parvenir à une véritable communion ecclésiale universelle. Ce dernier but est souvent perdu de vue et le mouvement oecuménique court le risque de devenir un simple forum de dialogue sans objectif plus précis.
  • Au niveau doctrinal, les dialogues théologiques ont été menés. Ils ont permis de mettre en évidence les enjeux derniers. Il s’agit de passer du consensus à la communion. Dans cette nouvelle étape, les Eglises catholiques et orthodoxes sont confrontées à la question de la reconnaissance de la légitimité d’autres expressions ecclésiales que les leurs. Les Eglises marquées par la Réforme doivent, quant à elles, relever le défi de la catholicité, leur capacité de se constituer en Eglises par delà les frontières nationales habituelles. La question de l’autorité à un niveau supra-local est ainsi posée. Elle était déjà un des enjeux d’Edimbourg.
  • Le début du XXIe siècle est caractérisé par un retour des identités, un repli sur soi, voire une opposition croissante entre cultures et civilisations. Le mouvement oecuménique doit, dans ce contexte, être en mesure de redire sa vision de l’unité et la mettre en oeuvre. Edimbourg proposait sa vision dans un contexte qui laissait espérer un dépassement des réflexes identitaires hérités de l’histoire.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Notes et références

  1. En 2010, l'Alliance Réformée Mondiale est devenue la Communion mondiale d'Eglises réformées