Psautier

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Le psautier est stricto sensu un recueil comportant les psaumes attribués à David. Toutefois le présent article ne traite que du psautier dit "huguenot"[1], recueil des psaumes en langue vulgaire, seule forme de cantiques utilisée dans les églises réformées (calvinistes) francophones jusqu'à la seconde moitié du 19è siècle.

Calvin et la musique dans le culte

Calvin a eu pour la musique une certaine méfiance. Non point qu'il ne l'aimait point [2] , mais elle était à ses yeux associée aux pratiques inacceptables de l'Église romaine ou à celles de la danse et du chant. Dans le premier cas, c'était un risque pour l'âme, dans l'autre, pour la moralité[3].

Selon Calvin, les psaumes étaient les seuls textes que l'Écriture, dans le Nouveau Testament, admettait comme convenant au chant. Par conséquent, les calvinistes excluaient du chant tout autre texte que celui du livre des Psaumes et des cantiques bibliques [4]. En outre, Calvin tenait beaucoup à :[...] un chant pur et dépouillé des louanges divines, attendu que là où il n'y a pas de sens, il n'y a pas d'édification. Qu'elles viennent du cœur et de la bouche, et dans la langue du peuple. La musique instrumentale n'était tolérée au temps de la Loi [l'Ancien Testament] que du fait de l'immaturité du peuple. Chant à plusieurs voix et usage des instruments de toutes sortes furent expressément proscrits du culte.

On comprend dès lors l'absence d'orgues dans les temples réformés. Pierre Viret[5], pasteur de Lausanne, nous en donne l'explication : « … plusieurs sont allés au temple pour ouir les orgues et la melodie de la musique et pour en avoir fait leur passe-temps, que pour servir à Dieu. En après, il a semblé aux hommes, jugeant de la nature de Dieu comme de la leur, que Dieu y prenoit plaisir comme eux et qu’il estoit grandement honoré par telle mélodie […] Davantage la vanité et l’abus sont survenus par après si grand en cette chanterie melodieuse, qu’au lieu d’un simple chant et dévot, tel qu’il étoit requis en l’Église chrestienne, les musiciens et organistes y ont apporté souventesfois les chants et les chansons les plus lubriques et les plus dissolues, infâmes et puantes qu’il est possible de pouvoir songer […] Pour ce que les hommes sont toujours trop charnels il vaut mieux les occuper en l’estude des sainctes Écritures et en la vraye Invocation du nom de Dieu, que leur remplir les oreilles de fleutes et de sons qui vont en l’air »

« Cornemuse du diable » a dit Zwingli, « instrument de la papisterie » disait-on au 16è siècle, voila qui réjouira le cœur de nos organistes actuels !

Le chant donc, et uniquement le chant, et uniquement le chant des Psaumes. On comprend alors pourquoi J.S.Bach n'ait pu écrire pour l'église lors de son séjour à Köthen: ce n'était pas dû à la fantaisie d'un prince, mais tout simplement qu'il était au service d'une cour calviniste.

Le psautier "huguenot"

C’est lors de son séjour à Strasbourg que Calvin a découvert que le psautier pouvait être mis en vers (ce qu’avait déjà fait Luther) et ces vers en musique (sous l’impulsion de Martin Bucer). Calvin, rappelons-le, n’avait pas d’attirance particulière pour les arts (arts picturaux, musique ou théâtre).

Il va faire appel à Clément Marot, (qui avait commencé sa traduction dès 1531) puis après la disparition de ce dernier (il a adapté 49 psaumes), à Théodore de Bèze, pour adapter en vers français les Psaumes. En 1539, apparition d'un premier recueil de psaumes en français (Strasbourg)[6], puis en 1551 à Genève (les 49 textes de Marot et 34 de Théodre de Bèze, sur des mélodies composées ou adaptées par Loys Bourgeois, Guillaume Franc ou encore Pierre Dagues), enfin le psautier complet en 1551 [7] .

Mais les textes ont été révisés dès le 17è siècle par Valentin Conrart, dans le souci de s'adapter à une langue compréhensible par tous.

Le psaume

Tout comme le choral, le psaume est un chant d'assemblée, chanté uniquement par l'assemblée, à l'unisson, et lors du culte. Mais Calvin en recommandait le chant à l'atelier, au champ et chez soi. C'est à ce dernier usage que sont réservées les versions harmonisées ("note contre note" ou en "contrepoint fleuri") bien connues aujourd'hui comme celles de Goudimel ou de Pascal de Lestocart.

Les mélodies utilisent généralement deux valeurs de note: les longues et les brèves. Les notes pointées sont très rares et les vers commencent et se terminent toujours par des notes longues. Les mélodies proviennent de sources diverses comme le chant grégorien, les mélodies traditionnelles et d'autres d'airs luthériens (en dépit du fait que les calvinistes haïssaient les luthériens autant que les catholiques romains!). On peut citer comme exemples:

  • Le psaume 36, composé par le Strasbourgeois Mathias Greiter, repris par les luthériens dans le choral "O Mensch, bewein dein Sünde Groß" (choral achevant la première partie de la Passion selon St Matthieu de J.S.Bach), puis, sur ce thème, le psaume 68, dit "Psaume des batailles" chant de guerre des camisards.
  • Le psaume 80 dont la mélodie est la reprise de la séquence Victimae paschalis, reprise supprimant tout mélisme pour lui donner un caractère carré et viril.

Évolution dans le monde réformé français

L’orgue va apparaître dans le courant du 18è siècle [8]. dans les temples réformés (en Suisse, car n’oublions pas qu’il faudra attendre la Révolution en France pour que le culte réformé soit public) : tout d’abord destiné à soutenir le chant de l’assemblée (mais d’autres instruments, notamment à vent, ont été également utilisés), ou à être utilisé pour des concerts en dehors du culte. Puis, petit à petit, l’orgue intervient au début et à la fin du culte, et après la prédication.

Le psautier va rester la seule forme de chant d'assemblée dans les églises réformées jusqu'au début de la seconde moitié du 19è siècle. Mais il va être battu en brèche: il ne correspond plus ni à la théologie, ni à l'écclésiologie, ni même aux goûts musicaux de l'époque. Un répertoire nouveau qui surgit dans les églises évangéliques va supplanter le psautier. Les mélodies anglo-saxonnes s'imposent, le vocabulaire de la piété se renouvèle: des airs d'opéras (comme l'air d'Armina du Rinaldo de Haendel [9], ou un chœur d’oratorio, composés par le même Haendel - et pour les beaux yeux d’une chanteuse d’opéra ![10]- qui passent aujourd'hui pour être de vieux cantiques réformés), des hymnes du Réveil supplantent la simplicité du Psautier.

Quatre principaux recueils vont apparaître dans les églises réformées en France dans la seconde moitié du 19è siècle : la part réservée aux psaumes y est réduite : Paris (1859) , 70 psaumes ; Vaud-Neuchatel-Genève (1866), 63 psaumes ; Nîmes (1869), 36 psaumes ; Paris-Étoile (1879) : 15 psaumes ; Mulhouse (1893) : 3 psaumes ! Le recueil Psaumes & Cantiques en 1889 comprendra cependant 52 psaumes.

Le recueil "Louange & Prière" (1938) tentera une réhabilitation du Psautier, puis "Nos coeurs te chantent" (1977) (avec la révision des textes dûe au pasteur-poète Roger Chapal). Enfin, la parution du recueil "Le Psautier français" en 1995[11] a mis à la disposition des protestants francophones l'ensemble des psaumes mis en musique, reprenant des mélodies des Psautiers de Genève et de Lausanne.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • REYMOND, Bernard, Le protestantisme et la musique, Labor et Fides, Genève, 2002
  • WEBER, Édith, La musique protestante en langue française, Honoré Champion, Paris, 1979

Plus spécialisés:

  • DOUEN, Emmanuel-Orentin.- Clément Marot et le psautier huguenot : étude historique, littéraire, musicale et bibliographique, contenant les mélodies primitives des psaumes et des spécimens d'harmonie de Clément Jannequin, Bourgeois, ...- Paris : Imprimerie nationale, 1878-1879.- 2 vol.
  • MAROT, Clément.- Le psautier huguenot du XVIème siècle : mélodies et documents.- Bâle : Baerenreiter, 1962-1969.- 3 vol. : XXII-271 p., 247 p., XIII-202 p.- Samuel Jan Lenselik et Pierre Pidoux éditeurs scientifiques
  • PIDOUX, Pierre, Le psautier huguenot du XVIe siècle, Baerenreiter, Bâle, 1962
  • PIDOUX, Pierre, Le Psautier huguenot du XVIe siècle. Mélodies et documents, Revue de musicologie, Vol. 49e, No. 127e (Dec., 1963), pp. 237-244
  • VER, J.- La cantilène huguenote du XVIe siècle : le psaume huguenot : structure, physionomie, renseignements.- Réalville (82) : J. Ver, 1918.- 210 p.

Notes et références

  1. L'expression "psautier huguenot" ne datant que du 19è siècle
  2. : « ... Nous cognoissons par expérience que le chant a grande force et vigueur d'esmouvoir et enflamber le cœur des hommes, pour invoquer et louer Dieu d'un zèle plus véhément et ardent. »
  3. «... Entre les autres choses qui sont propres pour recréer l'homme et luy donner volupté, la Musique est ou la première, ou l'une des principales; et nous faut estimer que c'est un don de Dieu député à cet usage. Parquoy d'autant plus devons-nous regarder de n'en point abuser, de peur de la souiller et contaminer, la convertissant en notre condamnation, où elle restait dédiée à notre profit et salut. Quand il n'y aurait autre considération que ceste seule, si nous doit-elle bien esmouvoir à modérer l'usage de la Musique, pour la faire à toute honnesteté et qu'elle ne soit point occasion de nous lascher la bride à dissolution, ou de nous effeminer en délices désordonnées, et qu'elle ne soit point instrument de paillardise ne d'aucune impudicité... Il est vray que toute parole mauvaise, comme dit saint Paul, pervertit les bonnes mœurs; mais quand la mélodie est avec, cela transperse beaucoup plus fort le cœur et entre au dedans.»
  4. Cantique de Zacharie, Cantique de Marie (Magnificat), Cantique de Siméon (Nunc Dimittis)
  5. originaire d'orbe, pasteur de Lausanne en 1536, d'où il fut chassé à cause de son intransigeance.
  6. Aulcuns pseaulmes et cantiques mys en chant, comportant 19 psaumes et 3 cantiques avec des mélodies non harmonisées
  7. l'idée de départ était que chaque psaume aurait sa propre mélodie. Mais ce ne fut pas le cas, ce ne furent que 123 mélodies qui parurent, certaines employées pour plusieurs psaumes
  8. Il faut quand même souligner que les Pays-bas ont été une exception: des orgues existaient dans les temples au 17è siècle, mais ils n'étaient pas destinés au culte mais au concert spirituel
  9. "Seigneur, dirige et sanctifie"
  10. "A Toi La Gloire"
  11. Le psautier français, Fédération Musique & Chant, Réveil Publications, Lyon, 1995