Sectes

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Qu'est-ce qu'une secte ?

Le mot "secte"peut venir de deux verbes latins : soit sequere, suivre, soit secare, couper. On indique par là qu'une secte est un mouvement religieux ou politique particulier qui se sépare ou se coupe des croyances et des pratiques de la majorité et ce, à l'instigation d'un "maître", d'un "gourou" ou d'un fondateur. De la sorte, toute secte a tendance à se constituer en "contre-Eglise", voire en "contre-monde". Cela explique en partie l'esprit agressif qui souvent l'anime, l'annonce de catastrophes ou de châtiments qui caractérise souvent son message et sa volonté de constituer une autre Eglise et un autre monde.

Faut-il en conclure que toute volonté de contestation et de changement ou que toute organisation minoritaire soit sectaire ? Certes non ! car ce qui définit la secte, c'est encore l'esprit sectaire. Il faut cependant noter que ceux qui font partie d'une majorité contestée ont toujours tendance à considérer les autres comme sectaires. En fait, les sectes ce sont toujours les autres et nul n'accepte jamais de considérer le mouvement ou "Eglise" auquel il appartient comme une secte. C'est pourquoi il est très difficile de déterminer une ligne de partage objective entre Eglise(s) et sectes.

Nous nous intéresserons ici essentiellement aux sectes qui, d'une manière ou d'une autre, se réclament du christianisme. Nous savons que, s'il n'est pas sans danger de faire trop vite le tri entre le bon grain (soi-même) et l'ivraie (les autres : Matthieu 13, 24-30; cf. 7, 1-5), il est vrai aussi qu'être disciple du Christ conduit à "éprouver les esprits" (1 Corinthiens 12,10; 1 Jean 4,1).

Esprit et comportements sectaires

Ceux-ci sont faits d'intolérance et de mépris des autres. Le sectaire est toujours celui qui croit être seul à détenir la vérité, qui tente d'imposer celle-ci sans véritable discussion ou dialogue, sans écouter l'autre. Cette manière de voir et d'être conduit alors à des exclusives à tendances totalitaires ; la secte, du reste, a toujours tendance à se constituer en communauté de purs et de parfaits. Certains enseignements sont ainsi tout à fait sectaires qui prétendent - en se mettant à la place de Dieu Lui-même - pouvoir déterminer le petit nombre des sauvés et rejeter dans les ténèbres de l'enfer le plus grand nombre des enfants du créateur ; certains comportements le sont plus encore qui conduisent à imposer l'union de conjoints qui ne se connaissent pas ou qui, sous couvert d'anticommunisme aveugle, recourent à des pratiques proprement fascistes.

Contre de telles aberrations qui font de l'intolérance même le ressort profond de la vie, une seule attitude s'impose : le refus de l'intolérable. Peut-on définir toutefois ce refus de manière plus précise ? Il consiste d'abord à ne pas tomber dans le piège tendu par les sectes elles-mêmes et à devenir soi-même intolérant et sectaire. Ce qui signifie être ferme sur l'essentiel, tout en étant ouvert et en s'efforçant de comprendre.

Pourquoi des sectes ?

Quoiqu'existant depuis l'Eglise primitive, les sectes séduisent et sont de plus en plus nombreuses. C'est sans doute que notre société et que nos Eglises ne répondent pas suffisamment aux attentes d'un grand nombre de nos contemporains. Nous vivons dans un monde complexe, où beaucoup se perdent. La doctrine des sectes offre alors souvent un message simple - simpliste même -, porteur de certitudes qui sécurisent. Cette sécurité est renforcée par la présence toute puissante et rassurante du "chef spirituel", l'encadrement psychologique et les règles morales contraignantes définissant sans nuances le bien et le mal, auxquels les membres de certains groupes religieux sont soumis. Cet encadrement apporte d'ailleurs aussi solidarité et fraternité dans un monde souvent marqué par la solitude et par l'égoïsme. Il libère encore tout un potentiel affectif et émotionnel que notre monde technique, rationnel et de compétition économique ne refoule que trop. La secte se présente ainsi souvent comme un refuge communautaire chaleureux face aux difficultés engendrées par la société moderne. Plus même : elle prétend souvent apporter des réponses prenant la forme de "techniques religieuses" aux problèmes posés par le développement souvent humainement frustrant de la technique. On "sait" - d'un savoir" scientifiquement" sûr - ce qu'il convient de faire pour réussir sa vie ou son salut. Ainsi en va-t-il de certains mouvements de "scientologie", mais aussi de toutes les formes de voyance et d'astrologie (si possible assistées par ordinateur!) ou encore de "techniques" concernant l'alimentation ou le mode de vie, qui fleurissent aujourd'hui comme pâquerettes au printemps. En fait les sectes apportent souvent des réponses simples à des problèmes complexes (souffrance, mort, sens de l'existence). Inversement il leur arrive d'apporter des réponses compliquées (à propos du mode de vie notamment) à des questions simples.

Mais ces réponses sont souvent trompeuses ou même dangereuses. On aurait tort toutefois de ne pas voir qu'elles posent de vraies questions. Vraies questions adressées tant à notre société, qu'à nos Eglises. Si celles-ci étaient tant soit peu plus humaines ou plus évangéliques, nul doute qu'on parlerait moins des sectes.

Les sectes : un danger ?

Les sectes nous remettent donc aussi en question. En ce sens, leur apport peut être considéré comme positif. Nul ne peut d'ailleurs contester que telle ou telle communauté religieuse aux origines "curieuses" vit particulièrement bien tel ou tel aspect de l'Evangile; ce que l'on ne peut que reconnaître et dont on ne peut que s'inspirer.

Il n'en reste pas moins que telle organisation ou tel comportement se révèlent effectivement intolérables et inacceptables (racolage des mineurs, exploitation du travail des membres de la communauté, régime alimentaire et sanitaire aberrant, obéissance aveugle, etc...)

Les critères suivants éclairent le fonctionnement de tout groupe ou institution :

- Qu'en est-il de l'aspect démocratique du fonctionnement du groupe. Y a-t-il des élections ? Qui dirige ? Au bout de quel processus ? Avec quel pouvoir, quelle limite du pouvoir, quels contre-pouvoirs ?

- Qu'en est-il de l'argent ? Comment est-il réuni ? Y a-t-il des pressions exercées ? Quelles sont les informations données ? Quels sont les contrôles extérieurs compétents exercés ?

- Qu'en est-il de la liberté laissée à chaque membre ?

- Quels sont les statuts de l'homme, de la femme et de l'enfant ?


Que faire alors ?

Faudrait-il par exemple adopter une législation spécifique qui empêche certains abus sectaires ? Des propositions ont été faites dans ce sens, mais il ne semble pas que l'on puisse les retenir. Les risques de dérapages seraient alors trop grands et, en fait, la liberté religieuse est une et ne se sépare pas. Mais si l'on ne peut pas porter atteinte ainsi à la liberté de conscience, il convient de veiller avec la plus grande rigueur à ce que les lois qui s'appliquent à tous, s'appliquent effectivement. Ainsi en va-t-il notamment pour ce qui est des lois économiques et sociales. La transparence fiscale par exemple vaut pour tous. Il en va de même pour ce qui est du code du travail et pour le respect des déontologies. Par ailleurs, sans recourir à des législations spéciales, il paraît tout à fait normal que des individus ou que des familles qui se sentent victimes de certaines sectes se constituent en associations qui leur permettent de mieux défendre leurs membres. Ainsi en va-t-il par exemple de l'Association de Défense des Victimes de Sectes, et de l'Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu.

Eglise(s) et sectes

Qu'est-ce qui caractérise les Eglises et les distingue des sectes ? De façon générale on peut dire que tout groupe ou mouvement qui ne vit pas conformément à l'Evangile est sectaire. Mais que signifie exactement "conforme à l'Evangile"?

Cela signifie d'abord n'avoir pas d'autre fondement que l'Evangile lui-même. Le seul Evangile est celui qui se trouve présenté et attesté par la Bible et par elle seule. Tout mouvement religieux qui prétend tirer sa doctrine et sa force d'autres écrits que les récits bibliques ne peut donc pas se réclamer de l'Evangile.

L'Evangile c'est aussi la confession de la seigneurie de Jésus-Christ et de lui seul sur toutes les puissances des cieux et de la terre. Toute affirmation qui consiste à présenter un autre "messie" ou un autre "Seigneur" est contraire à l'Evangile.

L'équilibre présenté par la confession du Dieu trinitaire Père, Fils et Esprit conduit aussi à une vie religieuse équilibrée. Certaines sectes qui méprisent le monde, sa "beauté et sa bonté" (Genèse l, 31), ne confessent pas vraiment le Dieu créateur; d'autres mettent exclusivement l'accent sur l'Esprit et sur ses dons, etc.

L'annonce de la seigneurie du seul Jésus-Christ libère des puissances d'oppression et de mort. Elle est bonne nouvelle, nouvelle d'un accueil gratuit par Dieu lui-même de tous ses enfants qui acceptent d'entendre ce message d'amour. Là encore se détermine facilement la qualité évangélique ou anti-évangélique d'un message et d'une pratique : permet-il libération, épanouissement et grâce ou conduit-il à l'embrigadement et au fanatisme? Là comme ailleurs, l'arbre se juge en fait à ses fruits.

Or parmi ceux-ci, il faut encore particulièrement noter la possibilité d'expression de chacun, d'échanger, voire de contredire. La vérité en effet se cherche toujours et elle ne se cherche évangéliquement que de façon communautaire, où chacun est appelé à apporter - sur le fondement de l'Evangile bien sûr - sa part de vérité. C'est sans doute là un des traits essentiels qui permet de distinguer l'Eglise de la secte : la première encourage et favorise le débat en son sein, la seconde l'étouffe. Or le débat n'est autre que le jeu divers et vivifiant de la Parole, c'est-à-dire du Christ lui-même acceptant de se mettre en nos bouches. Or la Parole, on le sait, est seule réellement créatrice d'humanité authentique. De ce fait l'Eglise se signale comme étant le lieu privilégié de son incarnation, c'est-à-dire de la Parole en jeu et en actes.

Source

La base de ce texte a été rédigée par Jean-François Collange. Il a été édité par la Commission de formation biblique et théologique de l'Eglise protestante de la Confession d Augsbourg et de l'Eglise protestante Réformée d'Alsace et de Lorraine